" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon, 1737
" Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde "
- Albert Camus

jeudi 30 mars 2017

12 02 & 30 03, Vautours du Njaambur: le spectacle fait illusion, hélas il s'éteint à petit feu...

Jeune Vautour fauve - Gyps fulvus, prioritaire sur carcasse (de Cheval), entouré par trois Vautours de Rüppell - Gyps rueppelli, attendant leur tour...
N2 entre Louga et Kébemer 2017 02 12 / © Photo par Frédéric Bacuez

* N2, Saint-Louis/Dakar/Saint-Louis-du-Sénégal -

2017 02 12 & 2017 03 30-
En complément des publications de notre camarade Bram Piot dans Senegal Wildlife et, collectivement, bientôt dans Ostrich: Journal of African Ornithology:
Combien de Vautours charognards à Dakar ?, 2017 04 1
Et d'une communication faite par Wim C. Mullié dans le cadre du Congrès panafricain d'ornithologie (PAOC), Dakar octobre 2016

Des Vautours d'ici et de là-bas, à la curée [1/2]

Résumé: à quelques kilomètres au sud de Louga, aujourd'hui [12 Février] le voyage de Dakar ne sera pas (qu')une corvée ! En bord immédiat de la route nationale, bingo ! ce que les ornithologues souhaitent voir par ici, sur cette liaison autrement sans intérêt: un attroupement de Vautours (qui) s'active autour d'une carcasse, de Cheval. Un peu moins d'une trentaine des nécrophages, exclusivement composés de deux espèces dites de "tireurs-fouilleurs", les Gyps, spécialisés dans l'ingestion des viscères et des muscles animaliers. C'est dire combien la bête morte n'est pas encore une momie... Les "déchireurs" (Oricou) et les "picoreurs opportunistes" (Charognard, Percnoptère, Vautour à tête blanche) passeront plus tard, inch'Allah - et s'il en reste, de ces Vautours, dans la région. Comme toujours chez les Vulturidés, il y a un protocole minutieux à respecter, on est casté et très hiérarchique, bien élevé, dans cette société de 'bonnes manières' aux mœurs et goûts délicats... Cet après-midi, une quinzaine (15+) de Vautours fauves (Gyps fulvus fulvus, Eurasian Griffon Vulture) tiennent le haut du pavé, et de la dépouille. En l'absence de l'Oricou (Torgos tracheliotos), le maître à tous, amateur d'intestins autant que de peaux mortes, les Fauves font la loi, toutes ailes écartées et le cou bien en avant, gigotant comme un serpent, le crochet prêt à harponner quiconque enfreindrait la bienséance (cf. photos ci-dessous et en haut de notule)... Alentour et aux extrémités de l'infortuné canasson, une dizaine (10+) de Vautours de Rüppell (Gyps rueppelli, Ruppell's Griffon Vulture) patientent ou tentent de se faufiler le cou entre les côtes du squelette pour en extirper quelques entrailles... Choc géographique aussi: nos Vautours fauves sont des oiseaux du Maghreb et d'Europe, tous de jeunes sujets, de la seconde à la cinquième année civile; ils vagabondent tout l'hiver entre Mauritanie, SénéGambie et Mali, avec une prédilection pour le centre-sud du Sénégal. Ceux-là remontent, peut-être précocement mais tranquillement vers leurs lieux d'estive au nord du Sahara, le plus souvent dans la péninsule ibérique, qu'ils atteignent fin avril-courant mai voire début juillet et où les adultes en âge de se reproduire nichent déjà, depuis janvier. Les Vautours de Rüppell sont quant à eux d'authentiques (pan)africains. Même si de plus en plus souvent des Rüppell suivent leurs cousins nordiques pour quelque escapade lointaine; on a même vu un Vautour africain (Gyps africanus) dans la péninsule tingitane du Marocnos collègues chérifiens font un boulot d'identification, de dénombrement, de protection et de réhabilitation qui mériterait plus d'encouragements. Ces migrants d'un nouveau genre sont en effet, depuis quelques années, systématiquement documentés par Marocains et Espagnols entre le Djebel Moussa (Afrique) et la pointe de Tarifa (Europe)... Décidément, si l'Afrique de l'ouest ne retient pas plus les bêtes que les Hommes, il faudra bien se poser quelque question profonde, un jour: "courage fuyons ! Mais pourquoi donc ?" Je vous le demande, ça ne semble pas sauter aux yeux de mes contemporains y compris Sénégaulois...

Yapp mbam bou bece
dina neex tane 

Si sa viande est fraîche
 l'âne va plaire aux vautours "
- Proverbe wolof [et phonétiquement]

12 février 2017-
Les grands axes soudano-sahéliens sont d'un ennui, quand on ne s'émerveille pas/plus des horizons épuisés et du chaos humain en devenir. Et que les mêmes Hommes libérés, par "le développement de la route et par la route du développement" y ont éradiqué peu ou prou toute parcelle de nature viable, avec sa vie sauvage, en gros et radicalement dès les années '70 de l'autre siècle. Pour pas grand chose en lieu et place de "la savane". Tabula rasa - on n'est pas en Europe, beh ouais... La Nationale 2 (N2) sénégalaise ne fait pas exception à la règle. Plus de 280 kilomètres sous le cagnard. Dans les particules fines - comme on dit pudiquement. Un ruban d'asphalte longiligne et monotone, dans des paysages dévêtus toujours plus et partout souillés par la saleté humaine, ponctuée d’agglomérats grégaires tous plus hideux les uns que les autres - le summum de l'immonde désir contemporain d'une fin de l'histoire civilisationnelle. La massification au firmament. Si l'on n'a pas l'âme bucolique et qu'on ne choisit pas de prendre la petite route littorale, nouvellement bitumée et peu connue, plus douce, plus vallonnée, plus ornithologique aussi, on tuera le temps sur la grand'voie de l'émergence en scrutant les cieux aveuglants, et les baobabs lointains, pour tenter d'y repérer quelques voiliers à plumes... Peu de grands oiseaux comme partout au Sahel depuis quelques décennies, et quasiment pas de rapaces indigènes hormis les immanquables Milans d'Afrique à bec jaune. En attendant que les margoulins trouvent une idée populaire (et rentable) pour leur faire (faire) les plumes. En hiver heureusement, les Européens nous envoient leurs Busards, leurs Milans, leurs Faucons, leurs Aigles bottés et autres Circaètes Jean-Le-Blanc - ça trompe la lassitude, rend vie au ciel et fait temporairement oublier le néant inter-saisonnier. Ils nous confient de plus en plus, ce n'est pas bien raisonnable, leurs Vautours, fauves pour l'instant (Gyps fulvus fulvus). En plein regain, là-bas. Nous espérons un jour leurs Vautours moines (Aegypius monachus) [déjà deux apparitions au nord -2009- et à l'ouest -2007- de Kaolack, in Simon Cavaillès & LPO Isère] et leurs Percnoptères d'Egypte (Neophron percnopterus), réhabilités grâce aux associations et tous ceux qui ne se résignent pas à croire qu'un seul homme, le président, est le Deus ex machina en tout et pour tout - "il trrrravaille [pour le pays] !" Pendant qu'on boit le thé, palabre, danse et hurle dans des micros saturés, toute la nuit; avec les insupportables clébards hystériques - et qu'on dort le jour, entre chaque rappel à l'ordre du haut-parleur sanctifié. Merde, je ne suis pas dans la doxa bien-pensante du 'Vivre ensemble' et du positivisme-qui-avance, là... Trop tard, Mea culpa mea culpa !

C'est aux confins du Kayor et du Njaambur (et du Djolof) que l'on peut émerger de sa torpeur. Entre Ndandé et Sakal, et surtout du coté de Guéoul et Louga, il y a souvent des ânes, chevaux et autres malheureuses bêtes domestiques gisant sur le bas-coté de la route: trépassés d'occlusion intestinale (le plastique est plus abondant que l'herbe, au coeur de la saison sèche !); ou percutés par les voitures et camions qui sont d'année en année toujours plus nombreux, toujours plus brinquebalants (pour la majorité) ou... rutilants (pour les privilégiés). Les cadavres les plus frais, surtout d'équidés, avant que d'embaumer l'air chaud et de finir en carpettes de cuir, attirent rapidement mais pas systématiquement une myriade de Vautours, arrivés dare dare et parfois de loin pour nettoyer et la dépouille et la place du drame. Ici ce sont les Vautours de Rüppell (Gyps r. rueppelli, Rüppell's Griffon Vulture) et les Vautours africains (Gyps africanusAfrican White-backed Vulture) qui dominent en nombre, accompagnés de quelques Vautours charognards (Necrosyrtes monachus, Hooded Vulture) et, parfois, d'un à deux Vautours oricous (Torgos t. tracheliotos, Lapped-faced Vulture). En hiver et lors de la migration, les Vautours fauves (Gyps f. fulvus, Eurasian Griffon Vulture) prennent le dessus sur tous les vulturidés africains, à l'exception faite des Oricous. Rarement, des Percnoptères d'Egypte (Neophron p. percnopterus, Egyptian Vulture) peuvent être du banquet - ceux qui peuvent les observer ont de la veine, ou tapé le sable... Quant aux Vautours à tête blanche (Trigonoceps occipitalis, White-headed Vulture), que sont-ils devenus, nul ne le sait ? Comme pour les Percnoptères, tropicaux et paléarctiques, il faudrait virer de bord géographique et gagner les plateaux abyssins, en Ethiopie, pour encore - mais pour combien de temps ?- admirer le grand spectacle d'une curée de masse. Ou rester sur les placers européens. Ou venir chez moi, dans le Bargy de Haute-Savoie, en mai et juin et de plus en plus souvent tout l'été jusqu'aux premiers jours de l'automne, pour voir comment les Vautours (fauves, moines) et les Gypaètes se débrouillent pour se nourrir, ici sans l'aide de personne - ni véhicules ni Hommes à part, peut-être, involontairement... un certain Arcade, ou délibérément par les tueries politiques de Bouquetins, les connaisseurs de l'inexpugnable bastion des Bornes-Glières comprendront...               
  
" Bou tane gor-wone 
bougnuye goubali mbam  

Si le vautour était honnête 
 quand on cherche de l'herbe pour l'âne
c'est lui qui devrait en apporter le plus ! "
- Proverbe wolof [et phonétiquement]

Ci-dessus:
Vautours fauves - Gyps fulvus fulvus, jeunes migrateurs stationnés du Paléarctique & Vautours de Rüppell - Gyps rueppelli, résidents adultes de l'Afrotropical
Au sud de Louga 2017 02 12, 15h58-59 / © Photos par Frédéric Bacuez

Quelques milliers de Vautours fauves (Gyps fulvus fulvus) franchissent le Détroit de Gibraltar (au minimum 2 000 sujets bloqués du coté espagnol par les aléas climatiques, 2016 10 31 & 3 500 Griffon Vultures crossed the Strait of Gibraltar at Jbel Moussa, 2015 10 28) pour hiverner en Afrique, la majeure partie de l'effectif vagabondant entre le Cap Blanc (Mauritanie), les confins sénégalo-gambiens et l'ouest du Mali. L'écrasante majorité des migrateurs nous arrive d'Espagne, qui héberge 18 000 des 20 000 couples recensés en Europe, la France accueillant désormais le second effectif, fort de 600 couples. Les oiseaux qui traversent le Sahara sont exclusivement des sujets juvéniles et immatures. Ils n'atteindront leur maturité sexuelle qu'à la cinquième ou sixième année de leur longue vie, une trentaine d'années si tout va bien... Il en est des Vautours, fauves et autres, comme de la plupart des grands voiliers: longévité, reproduction tardive, un seul œuf et beaucoup de déperditions... Avec des parents réputés pour leur fidélité (sauf disparition de l'un des deux, ou échecs répétés dans la reproduction), l'enfant unique sera le plus choyé de tous les bambins ailés du monde des oiseaux !
Voir: 


Nota: au Sénégal comme ailleurs en Afrique de l'ouest nous ne sommes pas nombreux à nous soucier du destin (funeste) des Vautours. Affaires de Toubabs, préoccupation de Nassaras, angoisses d'occidentaux repus et très tardivement sensibles (à géométrie variable) au déclin de la biodiversité... Même si en Afrique, sur les doigts d'une main dans notre région marginale, des voix autorisées, ici et là, se sont élevées pour s'inquiéter, et tenter d'intéresser leurs concitoyens à la cause des charognards - les vrais, à plumes et pas nuisibles... On l'a vu au Burkina Faso en 2011 et 2012 avec plusieurs affaires en Justice qui avaient permis de révéler au grand public (qui s'en fout) ces trafics longtemps ignorés de nécrophages à destination des marchés béninois et nigérians friands de restes boucanés, organes séchés, plumes, becs, serres, ossements, toute une pharmacopée très prisée par les Hommes du cru, placebo illusoire mais ravageur d'une nature expiatoire, qui doit subir l'imbécillité d'Homo sapiens, jusqu'à la fin... En l'occurrence "la tête et le cerveau des Vautours sont prescrits pour guérir les migraines et l'épilepsie..." Ben voyons... On a beau jeu, sur ce continent, de moquer l'obsession asiatique pour les poudres de perlimpinpin salvatrices... Rien qu'au Nigeria, état le plus peuplé d'Afrique et leader de son économie, "sur 51 espèces utilisées dans la pharmacopée, 21 sont inscrites sur les listes de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES)" [in Le Monde 2016 06 17]. Dont nos malheureux Vautours. Si le Nigeria est en effet souvent pointé du doigt, on a, certes pas partout, mais en bien de vastes régions d'Afrique, le même penchant 'culturel' que les Jaunes pour l'irrationnel et les miracles divinatoires - l'exploitation cupide des autres espèces du vivant est un filon juteux ! Pour une maladie incurable ou une défaillance sexuelle, surtout pour la puissance et le pouvoir, fortunes diverses et variées, sonnantes et trébuchantes... Pouah ! C'est d'ailleurs ce que révèlent Bram Piot et Wim C. Mullié, dans leurs publications et communication: si les maraudeurs Nigérians et leurs sicaires sont peut-être déjà actifs au Sénégal, la responsabilité culturelle des autres peuples n'est pas en reste dans le déclin vertigineux des Vautours. Sur la Petite Côte sénégalaise, des Sérères et même des Wolofs, comme des Bambaras [in Pierre Adrien Reynaud 2007] ici comme au Mali, des Sénoufos en Côte d'Ivoire, des Mossè et Gourmantchés au Burkina Faso, s'en donnent à coeur joie dans la pharmacopée virilisante et rebouteuse à base de Vautours - le Necrosyrtes monachus au premier chef (Lire ci-après) !

Croyances éradicatrices... 
Les Asiatiques ont leurs cornes de Rhinos, les Africains du Golfe de Guinée ont leurs poudres de Charognards !

L'effondrement des populations ouest-africaines de Vulturidés depuis les années 2000, déclin à nul autre pareil dans le monde des oiseaux, commence tout juste à être compris. A chaque déclin d'espèce son explication. Deux cas de figure: premièrement, le braconnage et le trafic à des fins mystiques; deuxièmement, la disparition des conditions environnementales favorables à la dynamique des oiseaux nécrophages, à tout le moins au maintien de leurs effectifs y compris dans les régions où ils abondaient depuis la nuit des temps. Un chiffre, les autres vous donneront le tournis et aucun ne donne espoir...: hors les réserves virtuelles et les parcs nationaux, déjà peu nombreux et fort mal conservés, 98% des Vautours ont disparu de l'Afrique de l'ouest en moins de 30 ans ! En moins de temps encore, les capitales et grandes villes de la région se sont vidés de leurs éboueurs du ciel. Pas de méprise: ce n'est pas parce que les cités y sont devenues plus propres, avec collecte et traitement organisés des ordures ménagères et autres rebuts de la société de consommation, pour le coup très dynamique, celle-là, même chez les plus pauvres - le grand Capitalisme sait y faire, pour rendre dépendant le moindre déshérité de ce continent qui a toujours eu une forte relation avec la bimbeloterie... Non, ce sont d'authentiques rezzous, cette fois intra-africains et venus du Golfe de Guinée qui ont décimé les populations de Vautours ouest-africains ! Quand les salauds de Blancs, accessoirement les Arabes et les Chinois ne sont pas 'coupables', on fait silence, en Afrique - aveuglement victimaire et déculpabilisé sans égal. Ce sont pourtant bien des gangs nigérians, d'hommes et de femmes, très organisés, soudoyant et sous-traitant avec les 'indigènes', qui font main-basse sur les rassemblements de vulturidés. Au nid, au reposoir; et même autour des abattoirs ! On s'est d'abord attaqué aux grands Vautours des champs (Gyps, Oricou, Tête blanche). Puis, faute de ressources, c'est désormais le tour des petits Vautours des villes (Charognard), indissociable carte postale des marchés, du plus rudimentaire au plus vaste, sous les arbres ou bétonnés par Bouygues, alignés sur les toits des boucheries ou agglutinés autour des abattoirs, attendant sagement leur dîme. C'en est fini ou presque de cette voirie traditionnelle que l'on croyait éternelle comme le mortier et le pilon, le trois-cailloux pour cuisine, le dolo ou l'ataya - l'immuable permanence africaine, le fameux "ça a été, ça est, ça sera". Allez hop chez le docteur autoproclamé, le Charognard ! Les Vautours en Afrique, aujourd'hui, c'est aussi tondu que la savane... Évanouis, volatilisés, disparus, a bana, rekh ! "Un point un trait". Place à l'émergence, même dans les rêves, surtout en rêve ! Car plus que les scribouilles (dont la nôtre) sur la disparition des charognards ailés, de fond (ailleurs), anecdotiques (ici), il faut lire en annexe les commentaires des "braves" gens, le peuple du bon sens, celui qui adhère au monde nouveau et moderne parce qu'il a un smartphone et fait la révolution sur Face-de-bouc. C'est édifiant ! Un monde moderne, surtout chez l'Homme africain nouveau, urbanisé, c'est un univers qui est en rupture définitive avec la nature, qui a éradiqué la vie sauvage, en particulier la méchante, l'inutile, la vilaine. Celle qui fait désordre, donne honte, ne correspond pas à l'idée que l'on se fait de sa place dans la mondialisation heureuse du développement (exclusivement économique et d'idéologie capitaliste). Dans ce monde-ci, on est persuadé que chez nous, les Toubabs, il n'y a plus rien d'autre que des villes, des routes, des autoroutes, des supermarchés, des parkings (pas toujours faux), bref que du bonheur matériel (et matérialiste). Allez leur dire que nous avons désormais plus de Vautours et d'Aigles, ou de grands mammifères en Europe que chez eux, en tout cas qu'en Afrique de l'ouest, grand désert du vivant en devenir accéléré !... En plus, un Vautour, c'est sale, ça porte(rait) des virus, et ça ne nous débarrasse pas de nos rebuts, solides et plastiques, ha ha ha ! C'est de leur faute, à ces cons: ils ne sont même pas plastiquivores ! Nos moutons et chèvres, au moins, savent y faire... En attendant leur disparition définitive, si on peut en boucaner, en compacter, tiens dans le mortier à coup de pilon ensorcelé, en faire de la poudre miraculeuse, se foutre une plume dans le cul aussi, il faut en profiter - c'est ça, le synchrétisme cher aux anthropologues et autres savants sociologues... Il faut savoir respecter la culture et l'authenticité des autres, non ? Dommage que nos amis Chinois n'éprouvent pas autant de goût pour le nécrophage que pour le fumet des roussettes, la corne de rhinocéros, la défense d'éléphant, l'écaille de pangolin, l'aileron de requin, le cuir de crocodile ou la dent d'hippopotame, on aurait pu faire affaires... - c'est aussi cela, la mondialisation des échanges; il n'y a que ces imbéciles de Guaino & Sarkozy qui n'ont rien compris: s'il y a bien un continent inséré dans ce monde-là, c'est l'Afrique noire !

Combien et où reste-t-il des Vautours en Afrique de l'ouest ?

C'est à cette question que tentent de répondre notre camarade Bram Piot avec Wim C. Mullié, Jean-Marc Thiollay et al. dans SenegalWildlife et Ostrich... A Dakar ? Au Sénégal, en Gambie, en Afrique de l'ouest et plus largement au sud du Sahara ? Difficile, et très compliqué à savoir car les Vautours ont un rayon d'action très large, le périmètre d'investigation le plus large au monde. Le biologiste Stephen Willis de l'Université de Durham a récemment découvert, en Afrique du sud, en étudiant six jeunes Vautours bardés de GPS qu'ils parcouraient "220 kilomètres par jour"... Des Vautours nettoyant une carcasse à Louga, nord-ouest du Sénégal, peuvent arriver en définitive du parc national du Niokolo Koba, dans le sud-est du pays ! C'est ainsi que des Vautours africains (Gyps africanus), plutôt savanicoles, retrouvent sur un animal mort leurs cousins Vautours de Rüppell (Gyps rueppelli), plus sahéliens. Idem pour l'Oricou (Torgos tracheliotos), qui peut quitter le Sahara ou les franges sahéliennes, et gagner le sud pour des raisons explicitement alimentaires, jusqu'à la Gambie par exemple ! Les sites de reproduction, et même les reposoirs, sont toujours peu répertoriés, et ne le seront sans doute jamais tant beaucoup d'entre eux ont été désertés par leurs occupants, de gré ou de force. Quid des quelques Vautours nichant sur les pitons d'Hombori [in Michel Clouet et al., 2008], dans ce foutu Gourma malien aux mains des Barbares ? Où en est-on de la sanctuarisation des sites de reproduction dans le Fouta Djalon de Guinée - Petteh Djiga, le Rocher des Vautours-, peut-être les plus importants d'Afrique de l'ouest (inventaire en 2005, et classement officiel mais virtuel en 2006) ? Et des Balanites nigériens de Gadabeji sur lesquels on a découvert, par hasard en 2010, des aires de Vautours de Rüppell que l'on pensait nidifier exclusivement dans les falaises*? Quid des quelques couples de Percnoptères d'Egypte (Neophron percnopterus), redécouverts au nord de Gouré, toujours au Niger, en août 2015 [Thomas Rabeil pour Saharan Conservation Fund], ou dans l'oriental du Maroc, en 2013-2014 [in Mohamed Amezian & Rachid El Khamlichi] ? D'où viennent les Vautours qui cerclent dans les ascendants à la verticale des grandes réserves cynégétiques du pays Gourmantché, au Burkina Faso ? Quant aux nôtres, derrière la Grande Côte du Sénégal - Kayor, Djolof, Njaambur avec plusieurs dizaines de Vautours de plusieurs espèces (jusqu'à quatre), à la curée ici et là régulièrement dans le triangle Thiès-Rao-Richard Toll [in Ornithondar 2014 01], et même quatre-vingt d'un seul tenant dans le ciel de la mare Ndaymane, le 9 juillet 2016 [in Ornithondar 2016 07] ? Il semblerait que des Vautours oricous (un couple ?) auraient leur aire dans la région de Louga... Pour les autres, on ne sait... Personne ne s'y est intéressé de près; pas au diapason de l'émergence. On les a toujours vus par ici, cela suffit, il y en a donc partout... Faute de mémoire, faute de repères, faute de documentation - les limites de l'oralité..., "ça pululle" donc, dirait un de mes amis d'Annecy (France)...

* Au Sénégal, Wim Mullié a pu constater la nidification sur un Maerua crassifolia d'un couple de Vautours de Rüppell (Février 2010)
InÉvaluation de la faune et de l'utilisation des terres dans la réserve de faune de Gadabeji (Niger), par Dr. Tim Wacher et al., SCF mars 2010


" The ancient veneration of the Vulture's exceptional vision 
has been coopted by the boomtown ethos of a rapidly urbanizing Africa, 
with Nigeria by far the worst country in terms of the trafficking in Vultures and their parts.
The demand in Nigerian cities is so strong 
that Vultures are brought in from at least five neighboring countries, 
obviously with major implications for Vulture populations
 throughout West and Central Africa. "
- William H. Funk in Africa’s unloved vultures headed for extinction ?, Mongabay 2015 09 28


Qui l'eut cru ? Le Vautour charognard est (aussi) en voie de disparition !

Après avoir exterminé les Vautours de leur propre pays ("(...) Vultures are no longer sighted where they ones thrive in huge numbers", dixit Ruth Akagu, Species Officer à la Nigerian Conservation Fundation - NCF), les braconniers et les consommateurs du Nigéria ont d'abord écumé le Cameroun voisin. En Afrique de l'ouest, c'est le Mali, le grrrrand empire du Mali, toujours sur le podium pour inventer les lendemains calamiteux, l'équivalent francophone du fléau anglophone nigérian pour Dame nature et sa biodiversité, qui le premier a vu ses Vautours disparaître, dès la fin des années '90 - je soupçonne les Bambaras, les Dogons et la photogénique escroquerie des Dozos d'y avoir dégagé le terrain aux cupides Yoroubas. Il n'y a aujourd'hui probablement plus un Vautour (à plumes) à Bamako, et on surprend l'habitant, expat' comme autochtone quand on lui demande s'il a récemment croisé des Vautours... "Oula... Pas sûr... En tout cas, cela ne court pas les rues... Sérieux, je ne me souviens pas en avoir vu... Il faudrait aller voir peut-être vers les décharges publiques (...), de la taille d'un terril dans plusieurs quartiers de la ville. Y en a une pas loin du bureau, très photogénique. Les abattoirs sont partout, dès que tu as un maquis, resto, dibiterie..." [Laurent D., com. pers. 2017 04 10] Hélas, sans Vautour attenant ! Notre copain d'ornithologie ouest-africaine Thierry Helsens l'a amèrement constaté, de retour au Mali en 2002 après quatorze ans d'absence... Le Niger connaît le même désastre inexpliqué au seuil des deux siècles, puis c'est au tour du Burkina Faso, à partir du milieu des années 2000, du jour au lendemain. La patrie des Hommes intègres était pourtant considérée comme le bastion central des oiseaux nécrophages. Notre camarade Bruno Portier, dans sa Liste de l'avifaune du Ranch de gibier de Nazinga (RGN, 2002 07 2) notait que si Charognard et Vautour africain étaient "très communs" dans la réserve naturelle aux confins ghanéens, le Tête blanche y était peu fréquent, et les Vautours de Rüppell et Oricous "très rares", à l'orée de ce XXIe siècle - ces deux derniers n'affectionnant pas les zones de grandes savanes herbeuses il est vrai. Mais les plus forts effectifs fréquentaient, et fréquentent peut-être encore, les vastes brousses orientales du Faso - les seules, à cheval sur le Burkina, le Bénin et dans une moindre mesure le Niger, à être encore bien visibles depuis un satellite; pour le reste de la région ouest-africaine, à part des lambeaux, c'est fini, place nette pour la massification humaine ! Au pilon, les Vautours !
A la ville, c'est l'hécatombe absolue pour le si familier Vautour charognard (Necrosyrtes monachus) et le mal vient par l'ouest: disparition totale de Bobo-Dioulasso, coté burkinabè, et de Bouaké, coté ivoirien [in Jean-Marc Thiollay rapporté par Wim Mullié], tandis qu'à Ouagadougou la population tient un peu plus longtemps pour s'éteindre à la fin des années 2000... Au Ghana, les charognards sont encore 257 dans le grand Accra en 2013 [in Japheth S. T. Roberts] mais ils désertent en 2016 plusieurs sites urbains où ils étaient communs et bien installés [in Gbogbo et al. 2016 rapporté par Wim C. Mullié]. Bref, les Vautours rendent l'âme dans la plupart des pays d'Afrique à l'ouest du Tchad et de la Centrafrique, à la campagne comme à la ville. Si la situation n'est pas encore irréversible dans quelques états riverains de l'Atlantique, du Sénégal à la Guinée, on peut déjà s'inquiéter d'un probable crack dans les années qui viennent. A Conakry, Bissau, Ziguinchor, Banjul, les Vautours charognards sont encore des centaines [in Bram Piot et Wim C. Mullié]; mais les quelques inventaires menés ici et là, s'ils montrent des records époustouflants de 76 000 Vautours charognards pour la Guinée Bissau, n'en demeurent pas moins dubitatifs quant à l'avenir du petit vautour commensal des Hommes... Et c'est depuis Dakar que Wim C. Mullié et Jean-Marc Thiollay, avec François-Xavier Couzy, Moussa Sega Diop, Bram Piot, Theo Peters, Joost van Dieren et Pierre A. Reynaud tirent la sonnette d'alarme à l'occasion du dernier Congrès panafricain d'ornithologie (PAOC) qui s'est tenu dans la capitale sénégalaise, en octobre 2016. Dans cette même agglomération d'aujourd'hui 3 millions d'habitants, la population de Vautours charognards (Necrosyrtes monachus), ont documenté nos camarades, est passée de 3 000 sujets en 1970 à 350 en 2016. Avec quelques apparitions saugrenues de Vautours africains (Gyps africanus) anecdotiques - mais ceux-là, on ne les compte même plus ! Alea jacta est... Quant à Ndar, pas un vieillard, vous savez ces bibliothèques et patati et patata pour vous rafraîchir la mémoire en souffrance: un Vautour, ici ? Et puis quoi encore, ici c'est Saint-Louis !

Remarque: l'Afrique n'est pas le seul continent affecté par le fléau du braconnage et des empoisonnements, directs et surtout indirects, des vulturidés; en Asie, et même en Europe [Lire ICI, tout récemment en Bulgarie, ou LA, en Espagne] c'est régulièrement l'hécatombe, mettant à mal toutes les initiatives de récupération des espèces en danger.


Ci-dessous:
Vautour charognard - Necrosyrtes monachus au-dessus des marais du Technopôle, grand Dakar
Avec Bram Piot, Etienne Henry et Jérémy Calvo 2016 02 27, 16h56 / © Photo par Frédéric Bacuez

Ci-dessus, de g. à d.
Vautours charognards - Necrosyrtes monachus, au-dessus de mon portail...
Ouagadougou-Gounghin, Burkina Faso 1999 / © Photo par Frédéric Bacuez
Simon Cavaillès (LPO), le Vautour de Rüppell - Gyps rueppelli mort et les enfants incrédules
Région de Touba, centre du Sénégal / © Photo DR
Vautours charognards - Necrosyrtes monachus, sur restes d'Eléphant braconné
Parc national de Po, Burkina Faso 1980-1981 / Arch. pers. © Frédéric Bacuez, DR

Ci-dessous, de g. à d.:
A Soulougré et Nobéré près de l'abattoir du village, les immuables Charognards, croyait-on...
Province du Zoundweogo, Burkina Faso 1989-1996 / © Photos par Frédéric Bacuez
- Cliquer sur les photos pour agrandir -

 Lire:
Et pour finir:

Sur Ornithondar:

Vulture Specialist Group (UICN)
Vulture Conservation Foundation (VCF)
Journée internationale de sensibilisation aux Vautours
Notre note a été gentiment partagée par Mohamed Amezian sur la page Facebook d'Amigos de los Buitres

Ci-dessous:
Jeune Vautour fauve - Gyps fulvus fulvus, gardant bien sa place prioritaire sur une carcasse de Cheval, 
entouré par plusieurs congénères et des adultes de Vautours de Rüppell - Gyps rueppelli, qui doivent attendre leur tour...
Au sud de Louga 2017 02 12, 15h58-59 / © Photos par Frédéric Bacuez

Au sud de Louga, la curée. 
Le Vautour fauve (Gyps fulvus fulvus), même jeune, même en transit (il remonte vers le Paléarctique occidental), 
est prioritaire sur la dépouille du Cheval percuté par nos voitures à nous, humains... 
Les Vautours de Rüppell (Gyps rueppelli), bien qu'adultes et du cru afrotropical, 
doivent respecter les règles strictes de la bienséance - le vivre-ensemble des Vulturidés, en somme ! 
Ils patienteront pour éviter le courroux de l'hivernant, ou se faufileront dans le squelette, sans se faire remarquer... 




30 mars 2017-
Hirondelles en chemin - de plus en plus précoces et en plein déclin, elles-aussi... [1/2]

En cette saison, les espèces d'Hirondelles dites communes (Delichon u. urbicum; Hirundo r. rustica;) qui ont hiverné en Afrique subsaharienne, essentiellement en son hémisphère austral, remontent vers le Paléarctique pour y nidifier. Seule l'Hirondelle de rivage (Riparia r. riparia) a réellement, et massivement hiverné dans notre région ! On estime à deux millions les sujets de cette espèce qui stationnent tout spécialement dans la basse vallée du fleuve Sénégal, à l'aval du lac de Guier [septembre-juin], faisant de ce passereau l'hivernant le plus abondant de notre bestiaire local - et de très loin... Dans notre extrême Couchant africain, le flux prénuptial des Hirundae, bien que plus net qu'à leur descente postnuptiale, n'est pas toujours des plus aisés à déceler: l'immense majorité passe par l'intérieur des terres. Les Hirondelles rousselines (Cecropis daurica) qui ont séjourné dans le delta intérieur du fleuve Niger, au Mali, font certes un arc de cercle par l'ouest [fin février-début mai] pour rejoindre leurs quartiers d'été méditerranéen mais elles atteignent rarement la Grande Côte sénégalaise, pour ce faire. Nous en avons tout de même noté des environs de Bango un 15 avril (2016), lors d'une période caniculaire (de moins en moins) exceptionnelle. Leurs familières cousines les Hirondelles rustiques (ex Hirondelle de cheminée, Hirundo rustica), qui n'hivernent pas vraiment sur nos frontières de Mauritanie et du Sénégal réapparaissent dans la vallée du fleuve dès la mi-décembre et en janvier, à l'unité, puis par quelques sujets aventureux remontant du sud plus tôt que la troupe... Février, mars, avril voient les effectifs augmenter, les hirondelles stationnant pendant quelques jours ou quelques semaines dans la vallée et le bas-delta avant la traversée du Sahara; c'est dans la dernière semaine d'avril et au début de mai que le pic migratoire bat son plein. Sur notre littoral néanmoins, c'est dans le Njaambur qu'on a le plus de chance de voir défiler et les Hirondelles rustiques et les Hirondelles de fenêtre (Delichon u. urbicum), ces dernières par escadrilles intermittentes épousant le relief des ondulations dunaires, d'un vol sud-nord très décidé. L'observation est aléatoire, cela dépend des jours: ce 30 mars (2017), il y en a peu, hier peut-être des dizaines voire des centaines (comme le 29 mars 2009, toujours dans le Njaambur), demain rien et après-demain des bataillons entiers, ininterrompus - ce sont les aléas de la migration ! Le pic [mai] de la migration [fin avril-juin] pour cette espèce étant dans l'ouest africain très tardif, nous sommes bienheureux d'en avoir remarqué quelques avant-gardes, aujourd'hui entre Louga et Mpal, depuis la voiture. Le 25 mars (2016) nous en avions déjà observé quelques-unes dans le Gandiolais. Mieux, le 6 mars (2016), une douzaine d'oiseaux remontaient le fleuve en son embouchure ! Précurseurs de plus en plus tôt en saison, de plus en plus fréquents tant la migration, surtout prénuptiale (d'un printemps toujours plus chamboulé !) doit s'adapter aux dérèglements climatiques de ce siècle. Le réchauffement ne va pas aller en se stabilisant: on se demande par quel miracle les choses reviendraient peu ou prou à la normale... Les Hommes adorent tromper leur monde, ils pérorent et se gargarisent de belles paroles ou d'engagements en grande pompe mais à la petite semaine, les lâches hypocrites idéologiquement formatés (et donc obtus), et font aussitôt l'inverse exact de ce qu'ils devraient radicalement adopter comme mesures et comportements ! Rien à espérer de ce coté-là. Seuls l'argent et sa circulation importent. La migration (des oiseaux) ? Elle s'adaptera ou crèvera. Comme les Vautours. Les vrais. Respectables et utiles, eux.

En rappel: Contre la canicule et le vent de sable, les Hirondelles migrent, in Ornithondar 2016 04 15
Voir aussi: 31/03 & 3/04, France: le retour des Hirondelles d'Afrique, in Ornithondar 2012 03 31
Et: 40% des Hirondelles ont disparu en France en 20 ans, RTL 2017 03 28...


Vu (liste non exhaustive):
  1. Vautour fauve (Gyps f. fulvus, Eurasian Griffon), une quinzaine (~15 ind.) de sujets migrateurs prénuptiaux stationnés et... à table, sur une carcasse de Cheval, repoussant avec force ailes déployées la dizaine de Vautours de Rüppell qui tentent leur chance... {02 12}
  2. Vautour de Rüppell (Gyps rueppelli, Rueppell's Griffon, inscrit à la Liste rouge de l'UICN des espèces menacées de disparition dans la catégorie Critically Endangered/CR - En danger critique d'extinction, nouvelle révision alarmiste du statut en 2015), une dizaine (~10 ind.) de sujets à la curée, le plus souvent repoussés par les Vautours fauves prioritaires {02 12}
  3. Vautour africain (Gyps africanus, White-backed Vulture, inscrit à la Liste rouge de l'UICN des espèces menacées de disparition dans la catégorie Critically Endangered/CR - En danger critique d'extinction, nouvelle révision alarmiste du statut en 2015), une douzaine (~12 ind.) sujets reposant sur des Baobabs [au nord de Ndandé] + quelques sujets cerclant en altitude, en tout petit nombre et loin [région de Ndandé] {02 12} + 6 ind. cerclant [près de Louga] {03 30}
  4. Vautour charognard (Necrosyrtes monachus, Hooded Vulture, inscrit à la Liste rouge de l'UICN des espèces menacées de disparition dans la catégorie Critically Endangered/CR - En danger critique d'extinction, nouvelle révision alarmiste du statut en 2015), quelques sujets cerclant en altitude, avec des Vautours africains, en tout petit nombre et loin [région de Ndandé] + 2 ind. en vol par-dessus l'autoroute vers la Forêt classée de Mbao [péninsule du cap Vert] {02 12}  
  5. Milan d'Afrique (à bec jaune, Milvus aegyptius parasitus, Yellow-billed Kite) {02 12 & 03 30}
  6. Vanneau à tête noire (Vanellus t. tectus, Black Headed Lapwing), 1 ind. {03 30}
  7. Pic goertan (Mesopicos ex Dendropicos g. goertae, Grey Woodpecker), 1 ind. en vol, traverse la route [N2] {03 30}
  8. Hirondelle de fenêtre (Delichon u. urbicumNorthern House Martin), petits groupes en migration active S>N [dunes du Diambour] {03 30}
  9. Hirondelle rustique (Hirundo r. rustica, Barn Swallow), quelques ind. [alentours de Gandon] {03 30}
  10. Piapiac africain (Ptilostomus afer, Piapiac), 1 ind. en vol [au sud de Ndandé] {02 12}
Peut-être:
Vautour oricou (Torgos tracheliotos, Lapped-faced Vulture, inscrit à la Liste rouge de l'UICN des espèces menacées de disparition dans la catégorie Endangered/EN - En danger d'extinction, nouvelle révision alarmiste du statut en 2015), 1 ind. en vol au loin, seul [près de Louga] {03 30} / Hirondelle de Guinée (Hirundo l. lucida, Red-chested Swallow), 1 ind. en vol au bord de l'autoroute [péninsule du cap Vert] {03 30} /

Et:
Rollier d'Abyssinie (Coracias abyssinicus, Abyssinian roller), deux sujets morts (1 + 1 ind.) percutés par des véhicules, gisant sur l'accotement [N2] {03 30}

Autres:
  1. Patas 'singe rouge' (Erythrocebus patas, Patas Monkey), au minimum 2 ind. ['Ravin des voleurs' au sud-ouest de Thiès] {03 30}
  2. Écureuil terrestre du Sénégal (Xerus erythropus, Striped-grounded Squirrel), 1 ind. {03 30}
Et:
Zorille sp. (commune ?, Ictonyx striatus, Common Striped Polecat), 1 + 1 ind. morts, (très) écrasés sur la chaussée [N2] {03 30}

Ci-dessous:
Large wings... / © Par Peter Beard
in Peter Beard, la fin d'un monde

jeudi 23 mars 2017

23, Djeuss-N'Galam: l'un des deux Hippopotames a tué... La foule humaine veut sonner l'hallali !

Hippopotame amphibie - Hippopotamus amphibius,  femelle
devant la grande typhaie de Sanar, à la confluence du N'Galam et du Djeuss
2016 03 7 / © Photo par Frédéric Bacuez, avec Jérémy Calvo
* Djeuss/N'Galam -

23 Février 2017. Matin-
Un vieil homme de 78 années, Moussa Diop, que Coumba Bang l'accueille en son paradis laiteux et paisible, un très vieux pêcheur de Ndiawdoune a été tué par un des deux Hippopotames amphibies (Hippopotamus amphibius)* qui ont élu domicile à la confluence du N'Galam et du Djeuss. C'est à quelques encablures de l'université Gaston Berger dont étudiants et enseignants seraient bien en peine d'imaginer que deux représentants du second plus gros mammifère d'Afrique hantent la grande typhaie de Sanar.... En effet nous sommes peu nombreux à connaître la présence de "la bête" tout près de nous, ce monstre du Loch Djeuss: du coté de Bango, les aficionados du Ranch peuvent à l'occasion se laisser impressionner par la démesure des empreintes laissées dans la boue des diguettes et berges du Djeuss. S'ils ont l'oreille, les riverains du marigot peuvent entendre leurs ahanements, certaines nuits et s'ils ne les confondent pas avec le braiment des ânes, lorsque la paire descend la rivière jusqu'au village de Bango, franchissant même, parfois, l'ouvrage vanné du réservoir pour aller prendre un bain d'eaux saumâtres, devant la mangrove de Thiolet. Mais seuls quelques pêcheurs, un forgeron Belge et un naturaliste Français les voient, observent et photographient de temps à autre. Ce duo est fait de deux femelles adultes, une mère et sa fille, et non pas de monsieur et madame comme il est dit et écrit idiotement partout, un couple décidément bien stérile - mais que valent les élucubrations d'un Ornithondar au regard de la science infuse des masses et de leurs médiateurs, hein ?!
Ces deux-là, de chevaux du fleuve, sont les seuls et uniques pachydermes dans tout le Septentrion sénégalais. Ils le resteront ad vitam aeternam. Jusqu'à ce que mort s'ensuive, naturelle, ou tragique comme je le pressens. Débarqués ici dans le bas-delta du fleuve Sénégal il y près de 25 ans, en provenance probable de leur Falémé natale, au bout de 600 kilomètres d'errances fluviales... Une mère et sa fille, peut-être même deux loupiots au début - ce qu'il est advenu du second, on ne le sait. Ayant quitté la troupe pour aller fonder un nouveau noyau, toujours à l'initiative d'une femelle, entraînant sa progéniture et croyant, les naïves, que les géniteurs se trouvent à disposition dans chaque marigot visité. Hélas, ç'en est fini depuis belle lurette, de la grande époque de l'Hippopotame, comme de tout le bestiaire bientôt imaginaire, a fortiori dans cette Afrique de l'ouest intégralement vampirisée par les Hommes en rut, toujours plus nombreux, toujours plus pauvres, pris à la gorge par les urgences de la survie, d'abord la leur. Sur le dos de Dame Nature. C'est elle ou nous, qu'on pense toujours dans la région. Il n'y a pas d'alternative, comme diraient les autres obtus du Paléarctique occidental. Dans les années '90 du siècle passé, ce bout de marigot était pourtant tranquille; un éden caché par les paravents de massettes, inaccessible, inviolable - ben voyons... les Hommes ne s'y bousculaient pas - ou si peu, incidemment. Les insupportables bêtes tueuses n'avaient pas choisi le site par hasard; qu'on ne s'y trompe pas. Et leur arrivée compensait le 'départ' du Lamantin (1992) et du Crocodile, partis avant même le siècle.

Ci-dessus:
Nos deux Hippopotames amphibies - Hippopotamus amphibius
Djeuss 2017 01 25 / © Photo par Frédéric Bacuez avec Loïc S.

Sus à la bête immonde, à l'unisson les masses et leurs médias - les mass-medias !

Pas un torchon du cru, sans archives ni autre mémoire que celle du jour n'a rappelé que les deux Hippopotames avaient même créé leur petit événement à Saint-Louis cité patrimoniale en venant barboter près du pont Faidherbe, à l'époque. La passerelle et les quais s'étaient alors gonflés d'une foule éberluée, rameutée de toute la ville par le spectacle insolite de ces mastodontes aventureux !
C'est ensuite que les problèmes ont commencé, peu à peu, quand les pachydermes ont fini par se trouver un coin tranquille, qu'ils croyaient, pour paresser le jour et flâner la nuit... Premiers accrochages avec les pirogues passantes, premières confrontations inattendues, entre l'Homme et la bête, parfois loin de leur antre, surtout la nuit quand des pêcheurs travaillent aussi... La nuit, je vous demande un peu... Nous mêmes avons vécu, depuis la berge du Djeuss saumâtre, à l'aval de la digue-barrage de Bango, un incident qui aurait pu très mal finir: en juin 2010 à la nuit donc, et à la torche, le vieux Djibi braconnait, pardon... pêchait devant les bosquets de palétuviers de Thiolet... Sous sa fameuse casquette d'ancien garde-champêtre, il n'avait ni vu ni entendu venir l'Hippo, du lagon de Kaïgga; peut-être irrité par les petits faisceaux lumineux mobiles, le monstre avait soulevé et brisé la proue du frêle esquif... Jeté à l'eau, le vieillard avait hurlé si fort que, accourus des quartiers voisins et du débarcadère bangotin, des dizaines d'hommes lui avaient rapidement porté secours avec tout l'attirail disponible et le ramdam spontané, embarcations à moteur, lampes électriques, agitations, vociférations, histoire de faire fuir l'ogre, de rassurer l'infortuné transi, et de se rassurer collectivement... Plus de peur que de mal... Longtemps après, le vieux pêcheur plaisantait de sa mésaventure avec moi, à chaque fois qu'il me voyait passer dans les parages pour entrer dans la plaine alluviale... De temps à autre un incident arrive aux oreilles des initiés, ou de la presse locale, le plus souvent déformé: ce n'est plus un ni deux hippopotames mais trois bêtes furibondes; emportés (sic) par les lâchers d'eau du barrage de Diama jusqu'au "paisible quartier de Medina Marmiyal" [in Ndarinfo 2014 09 6]... L'incident rapporté, "on n'y revient jamais"; jusqu'à l'épisode suivant.

Puis un jour on parle de mort(s), vers Mberaye par exemple, sauvagement broyé(s) par la furia animale. Guère plus; c'est loin de la grand'ville. Cette fois pourtant, le compte-rendu du drame est très largement partagé par les organes spécialistes du copier-coller, avides de ce genre de fait-divers qui fait le buzz - comme on dit aujourd'hui. Il faut bien vendre et/ou exciter le lecteur. Et, surtout, abonder dans le sens des quelques, oui quelques personnes concernées par la cohabitation Hippos-Hommes... Difficile d'apprendre quelque chose dans les environs, peu de Bangotins sont au parfum du drame, hormis les pêcheurs, ils sont pourtant les plus concernés avec les gens de Sanar par la présence des deux Hippopotames dans leurs eaux... Eh bien, on peut quand même lire que "la nouvelle s'est vite propagée dans la commune de Gandon et du département comme une traînée de poudre" ! "L'insécurité gagne du terrain dans cette zone", peut-on apprendre, victimes, riverains, pompiers et journaleux à l'unisson pour dire leur ras-le-bol; la presse locale totalement dans son rôle, toujours dans la demi-mesure et le sens de la complexité des choses, bref dans l'indispensable thèse-antithèse-synthèse pour mieux appréhender l'actualité, et l'éclairer: "c'est un malheur qui nous frappe depuis vingt ans", "un Hippopotame sème la terreur dans la localité"; "cela fait 20 ans" que "la bête sauvage" "fait des ravages dans la zone. Il attaque les pêcheurs, détruit les champs", "ce couple d'Hippopotames sème la panique sur le rivage du fleuve", "les attaques sont récurrentes sur le fleuve Ndiawdoune" ! Bref, c'est l'enfer ! "Les témoins" affirment que "l'animal féroce" "n'en est pas à sa première victime", le malheureux Diop en serait même la dixième, info de première bourre que ladite presse s'empresse de relayer illico, sans vérification. Mieux, commandant des pompiers comme journalistes en remettent une couche, font monter la pression et relaient complaisamment les menaces; les uns relèvent que "très courroucées, les populations se disent prêtes à tuer l'animal"; le premier "dans le sens des populations" anticipe d'autres drames à venir pour affirmer haut et fort "qu'il est temps que les hautes autorités du pays prennent des décisions pour assurer la sécurité des êtres humains" ! Car "si les autorités ne réagissent pas, les populations promettent de s'occuper elles-mêmes de la bête". Les commentaires qui suivent le reportage des envoyés spéciaux (lol) sont éloquents: "qu'attendez-vous pour les abattre ?"; "il faut les empoisonner"; "n'attendez l'aide de personne. Il faut les tuer, vous êtes plus important que ces animaux." Bref, "l'Etat protège cette espèce et ne protège pas les humains" - l'Etat protège, l'Etat protège, 'faut le dire vite, l'Etat ne protège rien du tout, ni Hommes ni bêtes, il édicte, cause beaucoup et ne fait en tout cas jamais rien pour que la nature puisse s'épanouir avec ses Hommes... ça se saurait, et verrait. S'il y a des voix à grappiller du coté de Ndiawdoune pour les prochaines élections, on mettra fin aux jours égarés des pachydermes, protégés ou pas. Rien de très original. Chez les cousins de France, la Ségolène a bien fait un carton sur les Loups, espèce strictement protégée à l'échelle de toute l'Europe... Les éleveurs d'ovins (artificiellement entretenus par la même Europe) et le lobby des chasseurs (1% des 66 millions d'habitants en France) gueulent un coup, et (re)font la loi, la leur - le gouvernement exécute. France et Sénégal, des démocraties exclusivement clientélistes.

500 Hippos au Sénégal, sur les 7 000 seulement des 15 pays d'Afrique de l'ouest...

Sur le front contre la faune relictuelle, la récente mise à mort d'un autre Hippopotame par la foule en liesse, au Sénégal sur le fleuve Gambie, n'augure rien d'engageant pour notre paire isolée du grand nord. Ni pour les cinq cent (500) pachydermes fluviatiles qu'abrite encore le pays. Quatrième cheptel des sept mille (7 000) Hippopotamus amphibius, seulement, qui survivent dans treize des quinze pays de l'Afrique occidentale, à l'ouest du Tchad et du Cameroun. Bref, plus grand monde - mais c'est encore trop ! Une espèce partout officiellement protégée. Sur le papier. Du coté de Gouloumbou, à l'aval du parc national du Niokolo Koba, un Hippopotame isolé des siens menait la vie dure aux riverains du marigot, toujours plus nombreux, toujours plus soucieux d'exploiter le fleuve sans les aléas et les dangers qui vont avec. Fin mars, "L'animal le plus haï par les villageois" a fini par être abattu et extirpé de son bourbier enfin récupéré par les Hommes, posant fièrement devant et sur la bête immonde; elle en était, dit-on, à sa vingt-troisième victime hachée menu. Quand même. La presse qui diffuse une courte vidéo de l'exploit (cf. images ci-dessous), souffle: "les populations de Gouloumbou poussent un ouf de soulagement." Des populations, évidemment en pleine émergence... démographique. Et qui pour survivre, pardon, pour émerger, ont toujours plus besoin de terres, de ressources naturelles, allègrement pillées et/ou éradiquées. Bientôt, comme en certains pays où les masses humaines campent aux portes des réserves et parcs naturels, patente UNESCO ou pas, et commencent même à les envahir, ce sera évidemment le sort réservé au Niokolo et à toutes ces pseudo forêts classées, sanctuaires ou 'aire communautaire patrimoniale', ces trucs de Blancs. Tabula rasa. On notera qu'à chaque fois les Eaux & Forêts brillent par leur absence. Pas de vagues. La loi du plus grand nombre impose la réserve, le silence. Et pour ça, la croissance démographique, sur ce continent qui ne maîtrise rien, encore moins sa natalité qui affole même les démographes les plus confiants, ce n'est plus de l'émergence, c'est un tsunami ! 

* Sources: Dakaractu, Ndarinfo, Seneweb, SeneNews Plus et tous les Séné-moins du web local...
Ndiawdoune à Saint-Louis: Moussa Diop, pêcheur de 78 ans, tué par un hippopotamein Dakaractu 2017 02 24

Sur Ornithondar:
Le vieux pêcheur culbuté par les Hippos noctambules !, 2010 06 7
Les monstres du Loch Djeuss étaient au rendez-vous, 2016 03 7
Hippopotamus amphibius: les dames du fleuve froufrous par-dessus tête, c'est carnaval !, 2017 01 25

Lire par ailleurs:
Sénégal: des Hippopotames tueurs sèment la terreur sur le fleuve Gambiein Jeune-Afrique 2016 05 27
Vidéo: l’Hippopotame qui semait la zizanie à Gouloumbou a été tué, in SeneNews Actu 2017 03 20


Ci-dessous:
à g., AUJOURD'HUI - après la mise à mort de l'Hippopotame 'tueur' de Gouloumbou, fleuve Gambie (Sénégal), 2017 03 / © Photos Dakaractu
à d., HIER -  'chasse' à l'Hippopotame à Bignona, Casamance (Sénégal) au temps des colons... 

" Je fais raconter par Adoum la chasse à l'Hippopotame, 
puis le dépeçage de la bête 
et l'odeur épouvantable de nos baleinières transformées en boucaneries. "
- André Gide (1869-1951), in Le retour du Tchad (1928)

Voir aussi:
- une chasse commerciale d'antan: Hunting the Hippopotamus / La Chasse à l'Hippopotame
un documentaire muet (1917) dans lequel il est déjà souligné:
 "la chasse que l'on fait à ces animaux en diminue le nombre chaque année et nul doute que, dans un temps plus ou moins éloigné, 
à mesure que la civilisation pénétrera dans le centre de l'Afrique, on n'en détruise entièrement la race."
 - le célèbre documentaire 'Bataille sur le grand fleuve/Chasse à l'Hippopotame' (1951), réalisé du coté d'Ayorou, sur le fleuve (Niger)
- par Jean Rouch (1917-2004)

Nota: au grand maximum 7 000 Hippopotames amphibies survivent dans toute l'Afrique de l'ouest [données 2004 !]. "Although Common Hippopotamus are found in many West African nations, overall population sizes tend to be much smaller, either because of less available habitat or the higher density of human populations." [in UICN Red List] Les deux noyaux viables, mais de petites populations fragmentées, sont: celui à cheval sur les Sénégal, Guinée, Guinée-Bissau (dont îles Bijagos) pour former "the bulk of the West African Common Hippopotamus with total numbers literally to be in the region of a few thousand"; puis celui de "the group of contiguous countries, Côte d'Ivoire, Ghana, Bénin and Burkina Faso, contain a total of at most two thousand Common Hippopotamus with the majority in Burkina Faso." Hélas, les effectifs sont quasiment tous et partout en déclin: 7 à 20% de moins entre 1990 et 2010. Avec, ces dernières années, pour l'espèce comme pour tant d'autres, une accélération de cette raréfaction dans le paysage aquatique ouest-africain, voire localement son irrémédiable effondrement. On estime que d'ici 2040, 30% des Hippopotames actuels auront à leur tour disparu. Entre temps dans le seul Sénégal, la population humaine forte de 15 millions d'âmes en 2017 sera passée de 17 millions en 2020 à 20 millions en 2025, 22 millions en 2030; et 40 millions en 2051 - il faut imaginer l'impact d'une telle masse sur un pays aux ressources extrêmement limitées, à l'environnement à bout de souffle, et au climat si désavantageux. Même dans le saint des saints sanctuaires de ce qui reste de la grande faune en Afrique occidentale, le Singou burkinabè, l'ultime zone à l'ouest du Tchad où l'empreinte humaine (footprint) est la plus faible, et même parfois nulle - c'est particulièrement visible sur une image satellitaire !-, en 2013 une dizaine de ces mastodontes ont été retrouvés morts dans les mares, à mille lieues de tout village, tout champ, toute pêcherie: virus, braconnage, empoisonnement ? Ailleurs, la récurrence des conflits entre les créatures et les 'usagers' des marigots, fleuves et leurs berges, n'incite pas à l'optimisme quant à la pérennité de l'espèce, d'autant que les occupants originels desdits plans d'eau n'ont jamais eu bonne presse chez les bipèdes... Irascibles, imprévisibles, violentes, rapides, ces grosses bêtes sauvages à l'allure faussement débonnaire sont probablement les plus dangereuses du continent, responsables d'au moins cinq cent décès par an, après les victimes du Crocodile (Crocodylus niloticus), mille morts. La presse fait son beurre de ces faits-divers tragiques... Porte-voix de l’hallali à venir.

L'Hippopotame amphibie est inscrit à la Liste rouge des espèces menacées d'extinction, 
dans la catégorie 'Vunerable/VU', depuis 2006
" Des groupes d'Hippopotames de plus en plus petits,
 essentiellement à cause de la perte de leur habitat 
ou de la densité des populations humaines toujours plus forte "

Ci-dessous, 
état des populations d'Hippopotamus amphibius en Afrique de l'ouest (~7 000 individus). 
Par ordre numérique décroissant:

  • Guinée Bissau / îles Bijagos: 1 000 - 2 000 ind. Stable ?
  • Guinée: 1 000 - 2 000 ind. En déclin
  • Burkina Faso: 500 - 1 000 ind. En déclin
  • Sénégal: 500 ind. Stable ?
  • Ghana: 400 - 500 ind. En déclin ?
  • Togo: 300 - 500 ind. Stable ?
  • Bénin: 300 - 500 ind. En déclin
  • Côte d'Ivoire: 300 - 400 ind. En déclin
  • Nigeria: 300 ind. En déclin
  • Mali: 200 ind. En déclin
  • Niger: 100 ind. En déclin
  • Sierra Leone: 100 ind. En déclin
  • Gambie: 40 ind. ? En déclin
  • Mauritanie: disparu
  • Liberia 

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