" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon, 1737
" Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde "
- Albert Camus

jeudi 17 novembre 2016

17, confirmation: l'Hirondelle de Guinée colonise un bas-delta plus favorable à son installation

Hirondelle de Guinée - hirundo l. lucida, parc national des oiseaux du Djoudj (PNOD)
 2015 12 / Courtesy © photo par Balades naturalistes et Sophie Mériotte pour Ornithondar

* Parc national des oiseaux du Djoudj (PNOD). Zone de Gainthe -

MATIN-
Avec la contribution de Balades naturalistes (France), la participation de Nos Oiseaux / Groupe Ornithologique du Bassin Genevois (Suisse) et Senegal Wildilfe (Sénégal), ainsi que la complicité de Daniel Nussbaumer (France)

Cette fois, on peut (enfin) l'affirmer: les Hirondelles de Guinée (hirundo l. lucida, red-chested swallow) élargissent leur aire de distribution dans notre Sahel, désormais à l'aval de Richard-Toll et du lac de Guier d'où elles étaient déjà connues des Morel & Co ! Repérées ces trois ou quatre dernières années de façon récurrente dans le bas-delta du fleuve Sénégal, en au moins cinq endroits différents*, il fallait s'assurer qu'elles étaient présentes pour ou partie de l'année, en saison sèche comme en saison humide; qu'elles nidifiaient, surtout, sur au moins un de ces sites, et qu'on en vérifierait les suites: des juvéniles nées dans cet aval du fleuve ! Toutes choses apparemment bien faites et constatées par plusieurs observateurs ! Bien qu'on ne sache trop si ces hirondelles sont des migratrices afrotropicales remontant sur nos marges subsahariennes à la faveur de la saison humide... S'il s'agit de résidentes partielles, c'est à dire qu'un certain nombre de sujets, après la reproduction, refluent vers les régions méridionales du pays, en gros au sud du 15e parallèle ? Ou si, in fine, cette espèce est en passe de coloniser l'intégralité de la vallée, à l'année ? Wait and see.

* Réservoir d'eau douce du Djeuss (Bango) + Digue et 'hôtel Bellevue' de Bango + cuvette rizicole de Sanar + tannes de Bango-'champ de courses' / Vannes du canal de Bombol, réserve spéciale d'avifaune du Ndiaël (RSAN) / Ouvrage d'art de N'Digue / Locaux administratifs du parc national de la Langue de Barbarie (PNLB) + Gandiolais / Gainthe, parc national des oiseaux du Djoudj (PNOD) /

Des observations d'Hirundo lucida lucida 
dans la basse vallée du fleuve Sénégal (2013-2016)
par Ornithondar et/ou ses ami(e)s
Février / Avril - Mai - Juin - Juillet - Août - Septembre / Novembre - Décembre

  • 2016 11 17, Gainthe - parc national des oiseaux du Djoudj (PNOD): ~10 ind. dont au moins une moitié de juvéniles
  • 2016 09 12, à proximité du QG, parc national de la Langue de Barbarie: 2 à 3 ind. juvéniles [par Bram Piot, com. pers. et enregistrement sonore pour Xeno-Canto]
  • 2016 08 21, cuvette de Sanar et 'mare des Pygargues' (Bango-Sanar): 1 et 1 ind.
  • 2016 07 31, digue-barrage de Bango et marigot du Djeuss: 4 à 6 ind. 
  • 2016 07 20, lagune de Douti et locaux administratifs - parc national de la Langue de Barbarie (PNLB): 5+ ind.
  • 2016 06 14, Gandiolais: 2 + 1 ind.
  • 2016 04 8, Gainthe - parc national des oiseaux du Djoudj (PNOD): 4 ind. 
  • 2016 04 8, N'Digue: ~9 ind. dont quatre couples formés
  • 2015 12, Gainthe - parc national des oiseaux du Djoudj (PNOD): 1 ind. [in Balades naturalistes]
  • 2015 05 14, canal de Bombol - réserve spéciale d'avifaune du Ndiaël (RSAN): 1 ind. ad. 
  • 2013 02 5, réservoir d'eau douce du Djeuss à Bango: 1 ind.

Données d'Hirundo l. lucida (2013-2016) à l'ouest du lac de Guier
Ornithondar, avec Google Earth
- Cliquer sur la carte pour agrandir -

Nota 1: le 8 avril 2016, Daniel Nussbaumer et Ornithondar constataient la présence d'au moins quatre spécimen d'Hirundo lucida lucida dans la plaine sablonneuse limitrophe de la 'forêt' de Gainthe, au coeur du parc national des oiseaux du Djoudj (PNOD). Les hirondelles chassaient activement les insectes ailés au-dessus des barkhanes proches, dans une steppe à termitières du genre isoptères; elles voltigeaient ostensiblement sur un périmètre restreint, au ras du sol. Sept mois plus tard, ce 17 novembre strictement au même endroit, ce ne sont plus quatre mais dix à douze Hirondelles de Guinée qui se présentent à notre équipe d'ornithos surarmés (Nos Oiseaux, Senegal Wildlife et Ornithondar); non seulement les belles tournoient et chassent autour de nous mais elles sont accompagnées par plusieurs juvéniles. Ces derniers sont aisément reconnaissables, quand ils perchent, aux tâches blanchâtres qui ponctuent leur manteau et aux pointillés blancs sur la queue, plus grands que chez les adultes. Les oisillons semblent émancipés mais utilisent en effet un arbrisseau nu comme reposoir bien plus régulièrement que les adultes. Fin décembre 2015 nos camarades Sophie et Sébastien de Balades naturalistes photographiaient sur le même site du Djoudj une de ces Hirondelles (cf. photo en haut de notule), un sujet immature donc d'une génération précédente, à moins qu'il ne fût un adulte en plumage de non reproducteur. Preuve s'il en était besoin que nos Hirondelles n'en sont pas à leur coup d'essai, à Gainthe, et probablement dans toute la région du parc national des oiseaux du Djoudj (PNOD)* ! En atteste cette note parue dans le bulletin de l'African Bird Club (ABC), suggérant que "l'espèce serait donc présente au Djoudj, en tant que nicheur, depuis 2010 au moins" [Bram Piot, comm. pers., 2016 12 22]:

" Red-chested Swallows Hirundo lucida were observed regularly 
and 20 were ringed; several old nests were discovered under a bridge. "
These observations were made during field work in Djoudj National Park 
(including areas near Tiguet, close to the park's border) 
between 17 December 2010 and 25 February 2011
[merci à Bram Piot pour le lien]

Le 8 avril dernier, toujours en compagnie de Daniel Nussbaumer, nous avions assisté à la nidification (probablement un nourrissage de poussins) d'une petite colonie d'au moins quatre couples formés, à l'évidence installés sous un petit ouvrage d'art à quelques dizaines de mètres du village de N'Digue*1. C'est un étroit passage de béton sous la digue-piste ici surélevée, qui relie les eaux du marais voisin aux typhaies et fleuve Sénégal; si l'on ne s'y arrête pas, l'ouvrage reste quasi indétectable. Les oiseaux allaient et venaient inlassablement entre l'abri (inaccessible pour nous) et le marais, entrant et sortant parfois à plusieurs. La durée de stationnement sous l'ouvrage était plus ou moins longue, n'excédant jamais quelques minutes. Immanquablement, deux innocents garçonnets ont surgi et, accrochés à la balustrade ont commencé à pêcher... Dans la même région, le 14 mai 2015 je notais la présence d'une Hirondelle de Guinée adulte, en plumage parfait, perchant sur les barbelés au niveau des vannes du canal de Bombol (cf. photo en bas de notule), au seuil de la réserve spéciale d'avifaune du Ndiaël (RSAN).

" Pairs usually breed solitarily or in small loose colonies. 
Mud nest and open cup, plastered to overhanging surface of natural or artificial site, often under bridges. "
- Nik Borrow & Ron Demey, 
in Birds of Senegal and the Gambia, Helm Field Guide, Ed. Christopher Helm, Londres 2011

A quelque cinquante kilomètres plus au sud, dans l'estuaire saint-louisien, les Hirondelles de Guinée sont aussi à la conquête de nouveaux sites. N'étaient leurs visiteurs, pardon... leurs partenaires qui ont l'œil et que les histoires d'hirondelles intéressent, donc pas grand monde, vraiment pas grand monde ici, les braves agents camouflés (sic) du parc national de la Langue de Barbarie (PNLB) ne devraient pas savoir qu'il y a des Hirondelles de Guinée à domicile, directement dans les locaux de leur office ! Ces petites choses-là à plumes, c'est affaire de Blancs, picci toubab ! Bref, quelques unes de ces Hirundo lucida, des oiseaux subsahariens il faut le rappeler, entrent et sortent par les fenêtres d'un local des Eaux & Forêts dont je ne sais s'il s'agit d'un bureau, d'un centre opérationnel de commandement ou d'un débarras - pervers que je suis j'opterais bien pour cette dernière hypothèse; mais je plaisante... Il semblerait même que ces hôtes, peut-être quatre couples, y sont à demeure depuis quelques années, maintenant, me rapportent quelques uns de mes petits camarades ornithos qui ont eu à passer par ici, par politesse ou/et pour un énième projet... du donner sans recevoir... Last but not least, Bram Piot m'informe qu'il a pu observer et enregistrer* le 9 septembre dernier (2016), bien que dans de piètres conditions sonores, trois (3) à quatre (4) Hirondelles de Guinée dont au moins un sujet juvénile récemment émancipé, toutes gazouillant et virevoltant dans les parages du même QG des Eaux & Forêts (PNLB, cf. ci-dessous enregistrement sonore sur Xeno-Canto) !

Ci-dessous:
Gazouillis d'Hirundo lucida au parc national de la Langue Barbarie (PNLB)
2016 09 12 / Courtesy © enregistrement sonore par Bram Piot pour Xeno-Canto


Il y a probablement d'autres sites occupés dans le Gandiolais et même le saint-louisien, au vu de ces hirondelles observées en train de voler ici et là, vers Ndiebène par exemple, ou entre Ngallele et Bango. A Bango d'ailleurs, on assiste plutôt à une installation récente: le 5 février 2013, je cochais ma première Hirundo lucida locale chassant au-dessus du Djeuss; un peu par hasard, en visionnant mes photos... A l'instar de nos camarades de Balades naturalistes (cf. ci-dessus) avec leur hirondelle de Gainthe - on n'est pas là pour plastronner tant les ressemblances sont fortes, au premier coup d’œil, ou à la volée, entre Hirundo lucida (Afrotropicale) et sa cousine très proche Hirundo rustica (Paléarctique)*2... Lors de la dernière mousson, quatre à six sujets voltigeaient au niveau de la digue-vannée sur le Djeuss, toujours à Bango: les hirondelles passaient et repassaient à toute vitesse sur le terre-plein devant les hauts murs de l'hôtel Bellevue, entre le plan d'eau d'eau douce (amont) et le marigot (aval). Ayant habité à quelques mètres d'ici de 2008 à 2012, c'était la première fois, en cette fin juillet 2016, que j'observais la présence d'Hirondelles de Guinée sur ce site...

*1 Des Hirondelles de Guinée nidifient à N'Digue, c'est certain - et peut-être à Gainthe..., in Ornithondar 2016 04 8
*2 Une Hirondelle de Guinée avec deux Hirondelles rustiques, in Ornithondar 2013 02 5

Nota 2: depuis leur station ornithologique de Richard-Toll, dans les années '60-80 du siècle passé, le couple Morel et Francis Roux avaient documenté la présence d'Hirundo lucida dans la moyenne vallée du fleuve, à l'est du lac de Guier. La reproduction des hirondelles sur quelques sites fragmentés, de Richard-Toll à Matam, avait été constatée de mars à juillet mais aussi en décembre. Notre ami François Baillon avait également listé l'espèce dans son inventaire des oiseaux du lac de Guier (mai 1991, avec Jean Yves GacLire ICI).

"A la vérité, nous possédons peu d'informations sur la distribution de l'Hirondelle de Guinée. Au Sénégal, on estime qu'elle réside au sud du 15e et surtout du 14e parallèle; y compris dans la péninsule dakaroise du cap Vert où notre collègue Bram Piot de Senegal Wildlife me dit qu"elle (...) doit nicher à Ngor ou aux Almadies car je la vois régulièrement"; et où mon ami Jérémy Calvo l'a photographiée, volant au dessus des marais du Technopôle, le 9 mars dernier. Jugée "abondante" en Gambie. Mais avec une aire de répartition "très morcelée en Afrique occidentale" pour la plupart des observateurs, "uncommon to locally common and sometimes abundant" [del Hoyo et al., 2004] - avec ça on est bien avancé ! Pas mieux quant au statut du passereau: uniquement résident ? Ou bien migrateur afrotropical partiel ? "Mainly resident. Movements occur in some parts of West Africa, e. g. in C. Ghana and S. Benin". Soit. (...) On pense que cette espèce anthropophile serait partout en augmentation, bénéficiant de la multiplication des ouvrages d'art, en ville comme en brousse... "Le développement de structures artificielles comme les ponts ont procuré de nouveaux sites de nidification et permis à cette espèce d'accroître ses populations." [Daniel Le-Dantec, 2012 - Lire ICI] Même si l'Hirondelle de Guinée vit en très petites colonies voire en couples isolés, il est pour nous évident que l'espèce va étendre, et étend déjà son aire géographique quand les conditions l'y autorisent: les sites d'accueil, certes, mais aussi les ressources alimentaires", fortement composées de Termites ailés du genre isoptera... Le radoucissement à marche forcée de la basse vallée du fleuve - endiguements, artificialisation du système hydraulique, explosion rizicole !- encourage certainement la colonisation par Hirundo lucida de périmètres jadis soumis aux remontées salines, moins favorables aux hirundinidés et à leurs proies... 
- In Ornithondar 2016 04 8

" The population is suspected to be increasing owing to the availability of artificial nest sites. "
- Del Hoyo et al., 2004, Voir ICI sur IUCNredlist.org

Ci-dessous:
Hirondelles de Guinée - Hirundo l. lucida, jeunes et adultes à Gainthe
parc national des oiseaux du Djoudj (PNOD) 2016 11 17 / © Photos par Frédéric Bacuez
En bas:
Hirondelle de Guinée - Hirundo l. lucida, adulte au canal de Bombol
réserve spéciale d'avifaune du Ndiaël (RSAN) 2015 05 14 / © Photo par Frédéric Bacuez

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