" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon, 1737
" Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde "
- Albert Camus

dimanche 31 juillet 2016

31, entre deux (petites) pluies, au bord du fleuve qui roussit...

Là-bas au-delà du marais bangotin on entend le vent pousser la pluie...
Plaine alluviale du fleuve Sénégal, dans le marais du Djeuss rive droite 2016 07 31, 15h14 / © Photo par Frédéric Bacuez

* Plaine alluviale du Sénégal.
Du marais du Djeuss bangotin au fleuve, près du campement saisonnier des pêcheurs Thioubalo-

11h40-15h45-
A pied.
Temps: 26-33°, 27° à 11h (ressenti 31°), 89% d'humidité... Toute petite pluie vers 15h35-45... 
Pluies du jour:
- fleuve, d'amont en aval: Bakel: 29,5 mm / Matam: 5,7 mm / Podor: 1,4 mm / Saint-Louis: 0,1 mm /
- hinterland, du Ferlo au Djambour, d'est en ouest: Ranerou: 11,1 mm / Linguere: 5,5 mm / Louga: 4,3 mm /

L'eau continue de monter, dans le marais. Malgré l'ouverture faite dans la vanne antédiluvienne (et coloniale) pour évacuer le trop-plein, qui coule comme un ru puis s'échappe en cascade dans le bolong de Kaïgga. Sur le marigot de Djeuss, dans les bolongs et le fleuve Sénégal, les couleurs orangées du limon charrié depuis les lointains sénégalo-maliens se mêlent maintenant aux eaux sombres et vertes de l'estuaire. Les ocres auront tôt fait de repeindre le delta et d'enrichir les plaines de crue dès que le fleuve débordera de son lit. Un peu, mais suffisamment pour transformer les prairies, steppes et tannes riveraines, sur vingt-cinq kilomètres à l'aval du barrage de Diama, en gadoue argileuse puis en immensités herbeuses parsemées de lagons, de mares, de marécages et même de bosquets immergés. Pour quelques mois riches de poissons, de crabes, de nénuphars - et de fourrages verts. Un garde-manger et un repaire pour les oiseaux du Paléarctique - limicoles, ardéidés, paludicoles et quelques rapaces. Avant l'assèchement, rapide, expéditif. Et les rides dans le limon, qui feront de la plaine de (dé)crue un immense champ de craquelures boursouflées, désagréables pour le marcheur...

Pour l'heure, seules les cuvettes et les bordures des bolongs ont reverdi, après les quelques pluies tombées depuis le 20 juillet. Les chasseurs de batraciens, de mollusques et de menu fretin ne s'y trompent pas. Aux locaux (Tantale ibis, Ibis sacré, Aigrette à gorge blanche) se joignent peu à peu, au rythme des arrivées du nord, les premiers limicoles du Paléarctique (Courlis corlieu, Chevaliers de quatre espèces dont les bientôt familiers Guignettes...).

Ci-dessous:
Balbuzard pêcheur - pandion haliaetus, immature estivant perché sur l'Île aux Bois, fleuve Sénégal
2016 07 31, 13h50 / © Photo par Frédéric Bacuez

OISEAUX / 51 + 1 espèces cochées, 2 sp. entendues
REPTILES / 1 espèce
BATRACIENS / 1 espèce
POISSONS / 1 espèce
CRUSTACÉS / 1 espèce
ODONATES et PAPILLONS / 2+ espèces

Vu:
  • Pélican blanc (pelecanus onocrotalusgreat white pelican), 14 ind. en formation, en vol vers le lagon de Diawas [Sénégal>Mauritanie]
  • Cormoran africain (microcarbo a. africanuslong-tailed cormorant), 1 ind. [marais] + 1 et 2 et 1 ind., tous ad. en vol N>S [rive sénégalaise du fleuve]
  • Grand cormoran à poitrine blanche (phalacrocorax l. luciduswhite-breasted cormorant), 1 ind. nage et pêche [marigot du Djeuss, Bango]
  • Héron strié (Blongios vert, Héron des mangroves, Héron à dos vert, butorides striata ssp. atricapillastriated heron), 1 ind. en vol (13h50) [herbiers proches du camp de pêche>Île aux Bois]
  • Crabier chevelu (ardeola ralloidessquacco heron), 2 ind. + 2 ind.
  • Gardeboeuf d'Afrique (bubulcus i. ibiscattle egret), 1 ind. en vol
  • Aigrette à gorge blanche (egretta g. gulariswestern reef-egret), 3 ind. dans un herbier [environs du campement saisonnier des pêcheurs Thioubalo] + 1 ind. en vol [fleuve] + 2 ind. en vol
  • Aigrette garzette (egretta g. garzettalittle egret), 1 ind. + 2+ ind. + 4 ind. dans un herbier [environs du campement saisonnier des pêcheurs Thioubalo] + 8 ind. en vol S>N [Île aux Bois] + 5 ind. en vol N>S
  • Grande aigrette (ardea alba ssp. melanorhynchoswestern great egret), 1 ind.
  • Héron cendré (ardea c. cinereagrey heron), 1 ind. au repos [sur l'Île aux Bois] + 2 ind. dans un herbier [environs du campement saisonnier des pêcheurs Thioubalo] (+ 2 ind.)
  • Héron pourpré (ardea p. purpureapurple heron), 1 ind. se nettoie le plumage [marais du Djeuss bangotin rive droite] + 1 ind. à l'envol [Île aux Bois]
  • Tantale ibis (mycteria ibisyellow-billed stork), 1 ind. en compagnie d'un Ibis sacré et d'une Spatule d'Afrique, dans un herbier [environs du campement saisonnier des pêcheurs Thioubalo] + 1 ind. cerclant en altitude [à la verticale de l'Île aux Bois] (+ 2 ind. en vol)
  • Ibis sacré (threskiornis aethiopicussacred ibis), 1 ind. dans un herbier, en compagnie d'un Tantale ibis, d'une Spatule d'Afrique et d'Aigrettes (cf. photo ci-dessous) [environs du campement saisonnier des pêcheurs Thioubalo] 
  • Spatule d'Afrique (platalea albaafrican spoonbill), 1 ind. en compagnie d'un Ibis sacré et d'un Tantale, dans un herbier (cf. photo ci-dessous) [environs du campement saisonnier des pêcheurs Thioubalo]
  • Oie-armée de Gambie (plectropterus g. gambensisnorthern spur-winged goose), ~8 ind. dont deux juvéniles, à l'ombre sous un palétuvier riverain du fleuve [Île aux Bois]
  • Dendrocygne veuf (dendrocygna viduatawhite-faced whistling duck), cc venant pâturer dans un herbier [environs du campement saisonnier des pêcheurs Thioubalo] (+ 2 ind.)
  • Balbuzard pêcheur d'Eurasie (pandion h. haliaetuseurasian osprey), 1 ind. immature 'estivant', perché [sur l'Île aux Bois] puis vu en train de pêcher et ostensiblement en profiter pour prendre un bain complet au milieu du fleuve (~14h), avant que de gagner la plaine alluviale coté Sénégal
  • Milan d'Afrique à bec jaune (Milan parasite, milvus aegyptius ssp. parasitus, yellow-billed kite), 1 ind. juvénile en mue vient survoler le campement des pêcheurs saisonniers
  • Marouette à bec jaune (Râle à bec jaune, zapornia flavirostrablack crake)
  • Talève d'Afrique (porphyrio madagascariensisafrican swamphen), 1 seul ind. ad. visible + 3 ind. juvéniles pas encore en mue levés des herbiers [marais du Djeuss bangotin rive droite] 
  • Jacana à poitrine dorée (actophilornis africanusafrican jacana), 5 ind. visibles [marais du Djeuss bangotin rive droite] 
  • Oedicnème du Sénégal (burhinus senegalensisSenegal thick-knee), 2 ind. sur les remblais de terre [ex parking Eiffage pris au marais]
  • Glaréole à collier (glareola pratincola ssp. fuelleborniafrican collared pratincole), 1 ind. en vol [plaine alluviale>Île aux Bois]
  • Vanneau éperonné (vanellus spinosusspur-winged lapwing), dont trio agressif - sujet en train peut-être de couver, là-bas... [environs du campement saisonnier des pêcheurs Thioubalo]
  • Courlis corlieu (numenius phaeopuswhimbrel), 1 ind. levé dans le bolong/herbier [petit pont du campement de pêche] (+ 1 ind.)
  • Chevalier gambette (tringa t. totanuscommon redshank), 2 ind. dans un herbier [environs du campement saisonnier des pêcheurs Thioubalo]
  • Chevalier aboyeur (tringa nebulariacommon greenshank), 1+ ind.
  • Chevalier sylvain (tringa glareola, wood sandpiper), 2 ind. dans un herbier [environs du campement saisonnier des pêcheurs Thioubalo]
  • Chevalier guignette (actitis hypoleucoscommon sandpiper), envol de 2 ind. migrateurs postnuptiaux qui stationnaient [sur l'ex parking Eiffage pris au marais] + 1 ind. en lisière dun herbier [environs du campement saisonnier des pêcheurs Thioubalo]
  • Goéland railleur (chroicocephalus geneislender-billed gull), 1 ind. en vol S>N [rive sénégalaise du fleuve] (+ 1 ind.)
  • Sterne hansel (gelochelidon n. niloticagull-billed tern), 1 ind. + 3+ ind. [herbiers, environs du campement saisonnier des pêcheurs Thioubalo] (+ 4 ind.)
  • Sterne naine d'Afrique de l'ouest (sternula albifrons ssp. guineae, west african little tern), 1 à 2 ind. en vol passant et repassant [berge du Sénégal rive gauche]
  • Tourterelle maillée (spilopelia/streptopelia s. senegalensislaughing dove)
  • Pigeon roussard (de Guinée, columba guineaspeckled pigeon), 9 ind. arrivent pour boire (12h40) [ex parking Eiffage pris au marais] + 45 ind. + 6 et 10 ind. en vol S>N
  • Tourterelle pleureuse (streptopelia decipiens ssp. shelleyi, -Nigermourning collared-dove), 6 ind. reposent sur un prosopis riverain du fleuve [près du campement saisonniers des pêcheurs Thioubalo]
  • Martinet des maisons d'Afrique de l'ouest (apus affinis ssp. aerobateswest african little swift), quelques ind. chassant et buvant [bolong de Kaïgga] puis dizaines d'ind. au loin vers Roup - près de l'orage...
  • Martinet des palmes (cypsiurus p. parvusafrican palm swift), 2 ind. chassent [fleuve coté Île aux Bois]
  • Martinet sp. de type Martinet noir (apus a. apuscommon swift), dizaines et même centaines d'ind. au-dessus de Roup - près de l'orage qui remonte la côte: des Martinets des maisons et, peut-être, des Martinets noirs migrateurs... Trop loin pour trancher.
  • Martin-pêcheur huppé (corythornis cristatus ssp. galeritaMalachite kingfisher), 1 à 2 ind. [marais du Djeuss bangotin rive droite] + 1 ind. [ïle aux Bois] + cc traversant le fleuve [berge sénégalaise>Île aux Bois]
  • Martin-pêcheur pie (ceryle r. rudispied kingfisher), 2 ind. perchés sur casemate (comme souvent) [ex parking Eiffage pris au marais] 
  • Guêpier nain (merops p. pusilluslittle bee-eater), 8 ind. - une à deux familles [marais du Djeuss bangotin rive droite]
  • Guêpier de Perse de l'ouest (merops persicus ssp. chrysoconoswestern blue-cheeked bee-eater), 2 ind. en vol 
  • Cochevis huppé du Sénégal (galerida cristata ssp. senegallensis, -Senegalcrested lark), 1 seul ind. [près du campement des pêcheurs saisonniers]
  • Hirondelle de Guinée (hirundo lucida, red-chested swallow), 4 à 6 ind. chassent au ras du sol et de l'eau [digue de Bango et marigot du Djeuss]
  • Cisticole (roussâtre) du Nil (cisticola -galactotes- marginatus ssp. amphilectuswinding cisticola), 1 ind. en vol + 1 ind. perché sur tamarix senegalensis
  • Cisticole des joncs (du Nigeria, cisticola juncidis ssp. uropygialisnigerian zitting cisticolafan-tailed cisticola), 1+ ind. en parade nuptiale
  • Prinia aquatique (à ventre blanc, prinia fluviatilisriver prinia), 1 ind. + 2 ind. en poursuite (nuptiale ?) [marais et digue] + 3 ind. chassant 1 intrus [berge du fleuve près du campement saisonnier de pêche]
  • Piqueboeuf à bec jaune (buphagus a. africanusyellow-billed oxpecker), 1 ind. esseulé sur groupe de bovins 
  • Tisserin à tête noire (ploceus melanocephalus ssp., black-headed weaver)
  • Travailleur à bec rouge (quelea queleared-billed quelea)
  • Euplecte vorabé (euplectes a. aferyellow-crowned bishop), 1 ind. en vol passant

Entendu:
Pygargue vocifère (haliaeetus vociferafrican fish eagle), 1 ind. juste avant le vent de l'orage... / Oedicnème du Sénégal (burhinus senegalensis) [Île aux Bois] / Courlis corlieu (numenius phaeopus) [Île aux Bois] / Rousserolle des cannes (acrocephalus rufescens ssp. senegalensis, -Senegalgreater swamp-warbler), 1 ind. - toujours le même chanteur invisible, au même endroit [marais du Djeuss bangotin rive droite] / Cisticole (roussâtre) du Nil (cisticola -galactotes- marginatus ssp. amphilectus), 2 ind. / Cisticole des joncs (du Nigeria, cisticola juncidis ssp. uropygialis) / Prinia aquatique (prinia fluviatilis) [environs du campement saisonnier des pêcheurs Thioubalo] / Euplecte vorabé (euplectes a. afer), 1 ind. en vol /

Tantale ibis, Spatule d'Afrique, Ibis sacré, Aigrette à gorge blanche et Chevaliers de deux sp.
Avec en toile de fond la mosquée de Bango, au-delà des mangroves,
 dans les herbiers près du fleuve Sénégal 2016 07 31, 14h40 / © Photo par Frédéric Bacuez

* Bango-

  • Tisserin gendarme (ploceus c. cucullatus, western village weaver), grande agitation bruyante, dans la colonie du quartier... [nids aux palmes... d'un palmier]

AUTRES:

  • Varan du Nil (varanus niloticus, Nile monitor), ~3 ind. juvéniles + 1 ind. sur la digue-piste [marais] + 1 puis 1 ind. traversant le fleuve Sénégal [>Île aux Bois] à la nage, juste la tête hors de l'eau et se laissant entraîner/déporter par le courant + 1 ind ad. mort noyé dans un filet de pêche tendu entre des piquets (cf. photo ci-dessous) [fleuve, près du campement saisonnier des pêcheurs Thioubalo]
  • Grenouille occipitale (hoplobatrachus occipitalisafrican tiger frog), plusieurs ind. vite disparus dans l'eau et les herbes du marais...
  • Dipneuste africain (Protoptère sp., protopterus sp.), encore une dizaine de Protoptères jetés au soleil sur la piste-digue... J'arrive trop tard... 
  • (petit) Monarque d'Afrique (danaus chrysippus ssp. chrysippuscommon plain tigerlesser wandererqueen butterfly, 'african queen')
  • Mylothris chloris (common western dotted border)
  • Crabe de palétuvier

Ci-dessus:
Varan du Nil - varanus niloticus, noyé dans les mailles de nylon d'un filet tendu en bordure du fleuve...
2016 07 31, 14h25 / © Photo par Frédéric Bacuez

Ci-dessus:
bolongs et fleuve Sénégal sous la menace d'une pluie...
2016 07 31 aprem' / © Photos par Frédéric Bacuez
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Les bolongs, le marigot et le fleuve 
charrient les premiers limons de l'hinterland...

Ci-dessous:
la ligne de grain inactive va finir dans l'océan...
Marigot de Djeuss et mangrove de Thiolet 2016 07 31, 15h30 / © Photo par Frédéric Bacuez

samedi 30 juillet 2016

30, carnet rose: les Touracos gris ont un Hocco, je veux dire un petit !

Touracos gris - crinifer piscator, adulte et juvénile (à g.)
A travers la fenêtre-moustiquaire dans le jardin bangotin 2016 07 30, 15h15 / © Photo par Frédéric Bacuez

* Bango, Impasse Gustave Pelloux -

Le 30 juillet dernier, premières aventures hors du nid pour un juvénile de Touraco gris (crinifer piscator, western grey plantain-eater), encadré par des parents très attentionnés. A défaut de voir d'autres gros bébés, on en déduira que ce dindonneau est le survivant d'une ponte de deux ou trois œufs déposés dans un nid ressemblant à s'y méprendre à une aire de rapace mais constituée de fines brindilles. Dans un bel arbre bien feuillu, entre six et quinze mètres de hauteur. Le petit me fait furieusement penser à un Hocco guyanais: même aspect dégingandé, même profil disgracieux, et des mœurs similaires (et semblable goût prononcé pour les fruits). 
Comme toujours avec les Touracos (et les Hoccos !), c'est le ramdam qu'ils font partout où ils passent qui attire l'attention: gloussements, ricanements, cris, bruits d'ailes, mouvements maladroits dans la canopée, chutes des gousses et fruits arrachés aux arbres qu'ils aiment visiter - ficus, manguier, sapotillier, goyavier, palmier, tamarinier, jujubier, et même neem et cordia urbains: de vrais gourmands, qui gaspillent beaucoup ! Le trio du jour est installé sur une grosse branche horizontale du vénérable prosopis qui surplombe la maisonnette. Pour l'heure, le petit-à-sa-maman observe avec curiosité le monde qui s'agite, au bas de l'arbre... Las, môman est aux petits soins, tout le temps en train de lui coller au train, l'épouillant, lui faisant toilette tandis que pôpa convoie régulièrement quelque friandise, la becquée réorientant illico l'attention de l'oisillon, pour quelques minutes... Repu, le jeune protégé pique rapidement du bec, on peut voir le corps qui bascule de l'avant à intervalles réguliers, sur la branche; c'est l'heure de la sieste, les parents vont souffler, les voilà qui se positionnent chacun sur leur branche, pour veiller, et cligner un peu des yeux...
Vers quinze heures, la famille se décide enfin à descendre des cimes... C'est un événement car s'ils sont fort maladroits dans la frondaison, les Touracos gris rechignent à chercher pitance au sol. Sauf, peut-être, s'il faut éduquer sa progéniture et lui apprendre à décortiquer un fruit tombé... C'est le cas, cet après-midi: il y a, dans le sable, des gousses jaunes de prosopis, et des sapotilles noircies relâchées nuitamment par les Epomophores de Gambie et les Roussettes paillées. Très vite cependant, il faut que les Touracos retrouvent un perchoir, en l'occurrence une table et des chaises, sur la terrasse. Avant que de remonter dans le vieil arbre. Et s'éclipser, à la queue leu leu, en silence cette fois.

Nota: le Touraco gris (crinifer piscator) n'a pas le plumage coloré de ses cousins le Touraco vert (tauraco persa) et le Touraco violet (musophaga violacea), deux espèces fréquentant les forêts-galeries des latitudes soudano-guinéennes, et présentes dans le sud du Sénégal. Avec les Tchitrecs (bleu, d'Afrique, à ventre roux), le Touraco violet était l'un de mes émerveillements, jadis, dans les ripisylves du Nazinon burkinabè, aux marges du Ghana. Les Touracos gris sont des oiseaux savanicoles largement répandus et plutôt communs, en Afrique subsaharienne dès le sud de la Mauritanie. On les trouve dans les agglomérations urbaines parfois plus aisément qu'en brousse... Normal: il y a bientôt plus de grands arbres touffus dans la cité que dans la nature ! Même si le Touraco gris est en mesure de parcourir de longues distances pour rejoindre son repaire, il n'en reste pas moins que dans notre Sahel où les hauts fûts deviennent des exceptions, l'abattage systématique de tout ce qui fait plus de cinq mètres étant la règle du charbonnier qui ne chôme pas, Crinifer piscator est à terme menacé, sauf à trouver refuge en ville... Territorial, monogame, fidèle, le couple de Touracos gris est particulièrement bruyant pendant la saison nuptiale (janvier-juillet, parfois août et même en octobre, in Dates de reproduction des oiseaux de Sénégambie, par Morel & Morel, 1982): leurs gueulantes n'ont alors rien à envier aux vociférations des Pygargues (haliaeetus vocifer) !

Ci-dessous:
quatre Touracos gris en plein concert...
 Dakar-Almadies, Sénégal 2015 12 19 / Courtesy © enregistrement sonore par Bram Piot pour Xeno-Canto




Derrière la fenêtre-moustiquaire, dans le jardin bangotin...
Ci-dessous:
Un début d'après-midi avec la famille Touraco gris - crinifer piscator, parents et progéniture...
Jardin bangotin 2016 07 30 aprem' / © Photos par Frédéric Bacuez
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mercredi 27 juillet 2016

27, de tous les passereaux paléarctiques c'est la Pie-grièche à tête rousse qui nous revient en premier - un juvénile, en plus !

Pie-grièche à tête rousse - lanius senator, juvénile de deux mois maximum !
premier passereau paléarctique arrivé au sud du Sahara pour... l'hiver !
Plaine alluviale du fleuve Sénégal 2016 07 27, 12h25 / © Photo par Frédéric Bacuez,

* Digue bangotine, plaine alluviale du Sénégal -

MIDI-
Le long de la piste-digue totalement embourbée après les trois dernières pluies, un passereau typique des espaces ensoleillés, ouverts et arbustifs, vole de petits prosopis en bas prosopis, sans grande peur du berger enturbanné qui me réclame 'cadeau' parce que je braque mes jumelles dans sa direction - dieux qu'ils sont abrutis... C'est une Pie-grièche à tête rousse (lanius senator, woodchat shrike), de la race nominale senator (on devine la tâche claire à la base des primaires, qui la différencie de la sous-espèce badius des îles méditerranéennes). C'est aussi et surtout mon premier passereau paléarctique migrateur postnuptial de la saison ! Un 27 juillet, quelle précocité ! Et quel empressement, pour gagner les steppes à mimosées de l'Afrique sahélo-soudanienne ! 

Cette Pie-grièche à tête rousse est un tout jeune oiseau, d'à peine deux mois et quelques jours. Le bambin, qui étire le cou ou effectue toutes sortes de contorsions, est très occupé par la myriade d'insectes qui l'accueillent et ont tout l'heur de l'impressionner. Il est vrai que là d'où il vient, ce n'est souvent pas Byzance, de nos jours, en matière d'insectes... Qu'il se hâte d'en profiter, ça ne durera plus éternellement, ici aussi ! A y regarder de plus près, puisque le jeune migrant ne semble pas effarouché, on se rend compte que sa première mue, dite des contours, a déjà permis à l'oiseau d'être reconnaissable de sa cousine la Pie-grièche écorcheur (lanius collurio, qu'on ne rencontrera pas ici car l'espèce migre en diagonale, de l'Europe occidentale vers l'Afrique orientale), et donc rapidement identifiable - par l'ornitho ! Pour l'heure, on ne fait que deviner son futur et fameux 'bonnet' roux... Une seconde mue, incomplète, interviendra au cours de son séjour hivernal subsaharien, avant que le passereau ne reparte vers le monde méditerranéen et tempéré (une remontée prénuptiale très étalée, de février à mai) pour une première (et éventuelle) reproduction en 2017. Si tout se passe bien.

Nota 1: Les Pies-grièches à tête rousse (lanius senator senator) sont connues pour être les premiers passereaux du Paléarctique [tous les biomes au nord du Sahara] à apparaître pour leur hiver dans notre région afrotropicale. Il est d'ailleurs remarquable de noter que pour une fois, ce ne sont pas les voyageurs au long cours, d'abord des limicoles, qui viennent de loin (les zones péri arctiques) pour aller loin (parfois jusqu'en Afrique du sud) qui emportent la palme de l'oiseau le plus prompt à revenir sous nos latitudes ! Il s'agit bel et bien d'un petit oiseau essentiellement méditerranéen, donc de régions dites chaudes, qui aborde le Sahel au moment de la mousson ouest-africaine. Un migrateur de courtes à moyennes distances. Qui pourrait, en théorie, ne pas se précipiter pour nous revenir. Et bien si ! Car l'insectivore invétéré doit profiter au maximum de l'explosion de ses proies là où soleil, chaleur et hygrométrie sont les plus avantageux... Et à cette période, en années normales (d'un cycle trentenaire plutôt humide) c'est au Sahel qu'il fait bon vivre, pour une Pie-grièche ! C'est ici et maintenant que le banquet devient le plus copieux, surtout si les pluies ont atteint nos rivages (sahel, en arabe) à temps... C'est bien parti pour être le cas, en 2016: les flux de mousson avaient très tôt reverdi les latitudes soudano-guinéennes puis, amina, offert dès le 20 juillet quelques bonnes pluies à la vallée du fleuve Sénégal ! C'est donc comme il (le) faut, pour un passereau qui vient de traverser (ou quitter) la fournaise estivale du Maghreb, et de survivre à l'enfer trans-saharien...

Premières (vraies) pluies: les 20, 21, 25, 26 et 27 (matin) juillet 2016 
Première Pie-grièche à tête rousse, 27 (midi) juillet 2016
Tirez-en vous mêmes vos conclusions !...
- Qu'on ne me dise pas après qu'il n'y a pas d'intelligence, 
même seulement pratique, chez ces petites bêtes !
Quand je vois que certains bipèdes se mettent à couper du bois humide 
après ces cinq pluies... près de neuf mois après la dernière ondée !


La migration des Pies-grièches à tête rousse est de longue date bien documentée - déjà au Maroc, dès 1903 ! Au Sénégal, la station ornithologique de Richard-Toll animée dans les années '60-70 du siècle dernier par le couple Marie-Yvonne et Gérard Morel (IRD ex Orstom) avait répertorié les dates d'arrivée et de départ de notre passereau. Morel & Roux avaient surtout indiqué qu'on pouvait s'attendre à voir lanius senator dans le nord du Sénégal "parfois dès le 15 juillet, régulièrement aux premiers jours d'août et, en abondance à partir du 15 août."* Précisant, néanmoins, que les juvéniles n'apparaissaient qu'à la fin du mois... d'août - ce qui est dans la norme, chez la plupart des oiseaux migrateurs, les jeunes de l'année s'envolant vers leur premier quartier d'hiver que plusieurs semaines après les adultes... Or, là, il s'agit bel et bien d'une Pie-grièche juvénile, sur le bord de la digue bangotine ! Arrivée avec un mois d'avance ! Exploit remarquable pour un oiseau à peine émancipé dont la plupart des congénères de même génération sont, pour les plus rapides, en train d'apprendre à se nourrir comme des grands, sur le territoire de leurs parents - avec ou sans eux.

Si les adultes de lanius senator peuvent atteindre le Sénégal dès le 15 juillet, 
on n'y attend les premiers juvéniles qu'en fin août... 
Pourtant, notre Pie-grièche du jour n'a guère plus de deux mois 
et se trouve être la première arrivée, avant même des adultes 
- voire ses parents, s'ils n'ont pas précocement disparu ! 
Un miraculé ?! Un orphelin, alors ? Un fugueur, peut-être ! 
Un aventurier, certainement...
Qu'on m'explique ?!


Pie-grièche à tête rousse - lanius senator senator, migrateur de 1ère AC précocement arrivé au Sénégal !
Plaine alluviale du Sénégal 2016 07 27, 12h25 / © Photo par Frédéric Bacuez

Petite maternité mathématique... 
Sur la base d'une toute première ponte, au 10 mai (pic des pontes entre le 15 mai et le 5 juin):
couvaison de 14 à 16 jours - soit jusqu'aux 24-26 mai
éclosion asynchrone sur 2 à 3 jours des 4 à 6 œufs dont notre pie-grièche est issue - soit du 24 au 29 mai
au nid pendant 16 à 20 jours - soit jusqu'aux 9-13 juin
après l'envol, suit ses parents durant 4 à 6 semaines - soit jusqu'aux 9-13 juillet ou 16-23/27 juillet !

Conclusion: 
notre bambin est non seulement d'une ponte précoce (~10 mai) 
mais en outre, il a très vite su se débrouiller pour se nourrir sans ses parents, très tôt lors de l'initiation ! 
Nous avons là un champion, indépendant, prêt à tous les défis 
- et dieux savent qu'il va en connaître, des obstacles et des dangers ! 
Bonne chance à toi, jeune ami(e) !


Nota 2: l'hiver en brousse, la Pie-grièche à tête rousse est le passereau du Paléarctique le plus fréquemment rencontré, à telle enseigne qu'on finit par ne plus lui prêter attention, dès l'installation de la saison sèche... C'est un tort, car il me semble qu'ici aussi l'insatiable insectivore est en déclin. Idiote remarque... car logique de constater qu'un oiseau dont les effectifs ont été très affectés en Europe et dans une moindre mesure au Maghreb le soit aussi dans ses quartiers d'hiver... J'en conviens, sauf que j'ai souvenir qu'il y a seulement huit ans les Pies-grièches étaient autrement plus abondantes, dans le bas-delta du Sénégal. Dans son biotope favori, la savane à mimosées sur tapis herbacé très court voire sur sols nus, qui ne manque pas dans notre Sahel, dans le walo (terres basses) comme sur le diéri (terres hautes), cette Pie-grièche "s'y cantonne à raison d'un individu pour 10 à 30 hectares suivant les années et, vraisemblablement, les ressources alimentaires." (Morel & Roux, 1966*)... Il y a donc de nombreux territoires perdus là où l'oiseau devrait être installé pour six à huit mois. On sait que le passereau a décliné en Europe (notamment en France) avec la destruction puis l'artificialisation de ses habitats, la massification agrochimique des campagnes ayant entraîné une raréfaction drastique des insectes, ses proies, notamment des coléoptères, des orthoptères et tous les coprophages associés au bétail. Hélas, comme toujours, on en sait beaucoup moins sur l'impact des aléas (naturels et non naturels) sur les terrains hivernaux de la Pie-grièche: quid des conséquences sur la dynamique des insectes locaux dans un environnement bouleversé par la folie rizicole, par la saturation de l'air, des végétaux et des cours d'eau par l'usage sur-intensif des insecticides et autres mirages de la chimie ? Qu'en est-il de l'emploi de produits vétérinaires peu et mal contrôlés, qui assainissent si bien le cheptel que même leurs selles sont indemnes... d'insectes... Plus rien à bouffer dans la bouse donc plus d'insectes coprophages donc plus... de Pies-grièches, à terme. C'est déjà le cas des Piqueboeufs à bec jaune (buphagus africanus), en très fort déclin en Afrique de l'ouest: plus rien à piquer sur leurs hôtes ! Propres sur elles, aseptisées, elles pètent la santé, nos vaches sahéliennes, aujourd'hui ! On se croirait bientôt dans les alpages de Samance, en Haute-Savoie des Alpes françaises...


" La Pie-Grièche [à tête] rousse précède 
dans leurs quartiers d'hiver sénégalais 
tous les autres passereaux paléarctiques. "
* - Gérard Morel & Francis Roux,
 'Les migrateurs paléarctiques au Sénégal / II. Passereaux et synthèse générale', 
in La Terre et la Vie, ORSTOM / IRD 1966

Ci-dessous:
une toute jeune Pie-grièche à tête rousse pour une première arrivée de saison d'un passereau du Paléarctique...
Plaine alluviale du Sénégal 2016 07 27, 12h25-12h30 / © Photos par Frédéric Bacuez

27, après la pluie: c'est la gadoue, la gadoue - et les Courlis en migration

Ci-dessus:
les Courlis corlieux - numenius phaeopus, en migration postnuptiale 
survolent la plaine alluviale du bas-delta et la digue bangotine, après la pluie du petit matin...
2016 07 27 / © Photos par Frédéric Bacuez

* Digue bangotine, entre marais et mangrove jusqu'aux lisières de la plaine alluviale -

10h45-13h50-
A pied.
Temps: troisième ondée en trois jours d'affilée... 3 mm (25 07), 8 mm hier soir (26 07) et 6 mm ce matin (27 07)... Rien de méchant, c'est le moins qu'on puisse dire, sauf que sur nos sols argilo-sablonneux la moindre averse transforme tout en pataugeoire - digues et chemins (pour quelques heures) et tannes (pour quelques mois) ! 
Pluies du jour: Saint-Louis-du-Sénégal, 5,5 mm / Podor, 1,1 mm / Louga, Traces / Linguere, Ranerou, Matam, Bakel, 0 mm

" La gadoue la gadoue la gadoue
C'est jamais que de la terre et de l'eau
La gadoue la gadoue la gadoue
Ça fait shplouf ça fait flouc et c'est beau "
- Gérard Lenorman, 1980

Dernière décade du mois sous l'influence des flux d'une mousson cette fois installée... Il a plu, une à deux averses, les 20 et 21 juillet, dont on peut dire qu'elles sont le véritable prélude à notre hivernage saint-louisien. Les 25, 26 et 27 juillet, le chaos des cieux complète l'arrosage par quelques ondées. Les tannes, sèches pendant neuf mois se remplissent aussi sec; quant aux chemins et digues, ils deviennent instantanément des bourbiers ! 

Le miracle de la migration postnuptiale (paléarctique)

Ô miracle de la nature, les pluies surviennent au moment des premières passées des limicoles migrateurs du grand Nord. Les Courlis corlieux (numenius phaeopus) sont les plus insistants à signaler leur retour. Pour l'heure, la majorité reste groupée, et ne fait que passer, en route vers le Sine Saloum (à l'instar des Grands gravelots, charadrius hiaticula). Autres arrivants: un premier Chevalier sylvain (tringa glareola) suit de quinze jours ses proches cousins les Chevaliers culblanc (tringa ochropus), ainsi que des Chevaliers aboyeurs (tringa nebularia) et Chevaliers gambettes (tringa totanus). Tiens, une Guifette moustac (chlidonias h. hybrida), c'est la seconde avant-gardiste après celle observée sur Toddé, le 8 juillet dernier. Car pour les sternes et autres laridés, à l'exception des Guifettes noires (chlidonias niger) déjà passées en masse par la côte, il faudra attendre encore... Idem pour les passereaux, dont la traversée transafricaine et le séjour subsaharien sont véritablement évidents dans les derniers jours d'août, et surtout en septembre. Exception à la règle: la Pie-grièche à tête rousse (lanius s. senator) est le premier passereau paléarctique à apparaître dans nos paysages sahéliens - des adultes parfois dès le 15 juillet. Mieux, et c'est exceptionnel, ce matin c'est une toute jeune Pie-grièche qui nous fait l'honneur - et le bonheur !- de corroborer ce qu'on vient d'écrire (Lire ICI sur Ornithondar)... Ouf, on est sauvé de la raillerie - l'ornithologie n'étant pas une science aussi exacte que l'économie, ou la météorologie, cela va sans dire...

La transe nuptiale (afrotropicale)

Dans le marais, on comprend maintenant que la Prinia aquatique (prinia fluviatilis), une afrotropicale si locale sur le continent, est ici chez elle, et en nombre: plusieurs couples ne cessent se se poursuivre de part et d'autre de la digue, entre les herbiers bordés de tamaris et les ruisseaux qui parcourent la mangrove blanche... Déchaînées, les spécialités du cru, bien plus grises qu'en saison sèche - ainsi que leurs cousines Prinias modestes (prinia subflava), plus rétives aux biotopes humides mais bien présentes un peu plus loin, dans la plaine de crue... Mêmes effets de la saison sur les sens de la Cisticole des joncs (du Nigeria, cisticola juncidis ssp. uropygialis), laquelle pour la parade fait de l'ascension puis du parachutisme, de la Cisticole roussâtre (du Nil, cisticola -galactotes- marginatus ssp. amphilectus), qui caquette et se lustre le plumage à la cime des tamarix senegalensis; et même de la Rousserolle des cannes (acrocephalus rufescens ssp. senegalensis, -Senegalgreater swamp-warbler), invisible comme d'habitude mais résolument fidèle à son poste de chant, au milieu d'une touffe de typhas.

Trop d'eau permanente dans le marais, pas bon pour la biodiversité...

On pressent surtout qu'il y a là-dedans de la nidification en cours, et même des babils à satisfaire ! Les mâles nuptiaux d'Euplectes vorabé (euplectes a. afer) se font moins tyranniques; j'en vois un, là-bas au loin dans le marais, qui monte la garde à la cime d'un tamaris - apaisé, ou épuisé. Ce sont les femelles du harem qui, du coup, se disputent les meilleures places dans les herbiers. Tandis qu'un jeune homme à moitié revêtu (cf. photo ci-après) profite de la fatigue de ses aînés pour tenter sa chance auprès d'une femelle, mi figue mi raisin - elle fait sa mijaurée... Un Blongios africain (ixobrychus minutus ssp. payesii) fait la navette entre le marais et la mangrove voisine; on peut supposer qu'il s'y rend pour pêcher le long des ruisseaux ou arracher quelque nourriture d'entre les racines des palétuviers, avant de rejoindre le secret des herbiers garnis de roseaux. L'invisibilité des Talèves d'Afrique (porphyrio madagascariensis et des Jacanas à poitrine dorée (actophilornis africanus) le doit plus à des occupations nidicoles - et/ou d'élevage !- qu'à l'exubérance du marais. Lequel, comme toujours (très) mal géré, est tellement gorgé d'eau, cette année y compris pendant la saison sèche, qu'il va y perdre de sa richesse floristique et faunique: les tamaris dépérissent, asphyxiés par l'humidité permanente, les herbes ont tout colonisé, à l'exception de quelques mares trop profondes. En attendant que le typha ne profite de l'aubaine pour vampiriser le délicat paradis depuis les berges du Djeuss. La noyade du marais (sic) est incontestablement la conséquence du grand réaménagement hydraulique de la basse vallée, la circulation descendante des eaux du Lampsar et du Djeuss étant trop rapide, trop importante désormais pour pouvoir être correctement absorbée par l'aval ou son trop-plein efficacement rejeté dans le fleuve Sénégal... Lorsque la pensée productiviste ne prend pas en compte le rythme, plus lent, fragile et ténu, de la nature, il ne faut pas s'étonner que celle-ci se trouve dans la vallée du fleuve Sénégal dans un tel état de délabrement, au bord du craquement irréversible... Mais tout le monde s'en fout... C'est bon pour le riz, et ça suffit.

Ci-dessous:
de part et d'autre de la digue bangotine, après trois (petites) pluies...
entre Djeuss et fleuve Sénégal 2016 07 27 fin de matinée / © Photos par Frédéric Bacuez
- Cliquer sur les photos pour agrandir -

OISEAUX / 50 espèces cochées, 7 sp. entendues
REPTILES / 1 espèce
AUTRES / 1+ espèces

Vu:
  • Pélican blanc (pelecanus onocrotalusgreat white pelican), 14 ind. cerclent [à la verticale du Djeuss] + 3 ind. en vol [vers le fleuve]
  • Pélican gris (pelecanus rufescenspink-backed pelican), 1 ind. en vol
  • Cormoran africain (microcarbo a. africanuslong-tailed cormorant), quelques ind. [plaine alluviale proche du camp de pêche saisonnier]
  • Blongios africain (ixobrychus minutus ssp. payesii, -africanlittle bittern), 1 ind. mâle fait des AR entre le marais et la mangrove blanche... (~13h)
  • Crabier chevelu (ardeola ralloidessquacco heron), quelques ind. [plaine alluviale proche du camp de pêche saisonnier] + 1 ind. [ex parking Eiffage arraché au marais] + 1 ind. en vol
  • Aigrette à gorge blanche (egretta g. gulariswestern reef-egret), 1 ind. ad. [ex parking Eiffage arraché au marais] + quelques ind. [plaine alluviale proche du camp de pêche saisonnier] + 2 ind. [ex parking Eiffage arraché au marais] 
  • Aigrette garzette (egretta g. garzettalittle egret), 1 + 2 ind. en dispute territoriale [ex parking Eiffage arraché au marais] + quelques ind. [plaine alluviale proche du camp de pêche saisonnier]
  • Grande aigrette (ardea alba ssp. melanorhynchoswestern great egret), au total 3 ind. + 1 ind. en vol [mangrove>marais]
  • Héron cendré (ardea c. cinereagrey heron), 1 ind. [plaine alluviale proche du camp des pêcheurs saisonniers]
  • Héron pourpré (ardea p. purpureapurple heron), 1 ind. [mangrove]
  • Ibis sacré (threskiornis aethiopicussacred ibis), 2 ind. dans un herbier [plaine alluviale coté campement saisonnier des pêcheurs Thioubalo]
  • Oie-armée de Gambie (plectropterus g. gambensisnorthern spur-winged goose), 1 ind. en vol
  • Dendrocygne veuf (dendrocygna viduatawhite-faced whistling duck), 4 ind. en vol + 2+ ind. + 1 ind.
  • Milan d'Afrique à bec jaune (Milan parasite, milvus aegyptius ssp. parasitus, yellow-billed kite), quelques ind. bangotins en maraude
  • Marouette à bec jaune (Râle à bec jaune, zapornia flavirostrablack crake), 1 ind. en compagnie d'un varan - les râles aiment à être près des bovins, dans les herbiers et même sur la digue ! + 1 ind. sur la vase de la mangrove [bolong de Kaïgga]
  • Talève d'Afrique (porphyrio madagascariensisafrican swamphen), seulement 1 ind. visible, perché sur une branche de tamarix senegalensis immergé [marais du Djeuss bangotin]
  • Jacana à poitrine dorée (actophilornis africanusafrican jacana), seulement 2 ind. visibles [marais du Djeuss bangotin]
  • Vanneau éperonné (vanellus spinosusspur-winged lapwing)
  • Courlis corlieu (numenius phaeopuswhimbrel), 6 ind. en vol (silencieux) de la migration postnuptiale N>S (13h23, cf. photo en haut de notule)
  • Chevalier aboyeur (tringa nebulariacommon greenshank), 1 ind. [plaine alluviale proche du camp de pêche saisonnier]
  • Chevalier sylvain (tringa glareola, wood sandpiper), premier ind. de saison ! [mare au croisement des deux digues]
  • Mouette à tête grise (chroicocephalus cirrocephalus ssp. poicephalusgrey-headed gull), 3 ind. en vol [au-dessus du fleuve]
  • Sterne caspienne (hydroprogne caspiacaspian tern), 1 ind. en vol [au-dessus du fleuve]
  • Sterne hansel (gelochelidon n. niloticagull-billed tern), plusieurs ind. comme chaque année à pareille époque, nidifiant probablement dans la lande [plaine alluviale proche du camp de pêche saisonnier] + 1 ind. cerclant avec une proie dans le bec et en compagnie d'un ibis sacré [à la verticale du marais du Djeuss bangotin]
  • Guifette moustac (chlidonias h. hybridawhiskered tern), 1 ind. en vol passant N>S - sujet encore en plumage (quasi) nuptial [2e digue]
  • Tourtelette d'Abyssinie (turtur abyssinicusblack-billed wood-dove), 1 à 2 ind.
  • Tourterelle maillée (spilopelia/streptopelia s. senegalensislaughing dove)
  • Pigeon roussard (de Guinée, columba guineaspeckled pigeon), vol de 21 ind.
  • Tourterelle pleureuse (streptopelia decipiens ssp. shelleyi, -Nigermourning collared-dove)
  • Coucal du Sénégal (centropus s. senegalensisSenegal coucal), 1 ind. ad. se nettoie le plumage sur un tamarix senegalensis au milieu du marais
  • Engoulevent à longue queue (caprimulgus c. climacuruslong-tailed nightjar), 1 ind. levé (cf. photo ci-après) [2e digue]
  • Martinet des maisons d'Afrique de l'ouest (apus affinis ssp. aerobateswest african little swift), quelques ind. chassant et/ou se désaltérant [bolong de Kaïgga]
  • Martin-pêcheur huppé (corythornis cristatus ssp. galeritaMalachite kingfisher), 1 + 1 ind. + 1 ind. à l'affût
  • Martin-pêcheur pie (ceryle r. rudispied kingfisher), 1+ ind. [bolong de Kaïgga] + 1 et 1 ind.
  • Guêpier nain (merops p. pusilluslittle bee-eater), quelques ind.
  • Guêpier à gorge blanche (merops albicollis, white-throated bee-eater), 2 ind.
  • Rollier d'Abyssinie (coracias abyssinicusabyssinian roller), 2 + 1 ind. juvéniles en vol S>N - possiblement des sujets venant du sud estiver dans le bas-delta
  • Pic goertan (mesopicos goertaegrey woodpecker), 1 ind. femelle [digue le long du bolong de Kaïgga]
  • Hirondelle de Guinée (hirundo lucida, red-chested swallow), toujours un minimum de 2 ind., sans doute plus, chassant près de la digue vannée [coté Bango-barrage] - à vérifier...
  • Cisticole (roussâtre) du Nil (cisticola -galactotes- marginatus ssp. amphilectuswinding cisticola), quelques ind.
  • Cisticole des joncs (du Nigeria, cisticola juncidis ssp. uropygialisnigerian zitting cisticolafan-tailed cisticola), au moins 1 ind. en vol de parade nuptiale 
  • Prinia modeste (prinia s. subflavatawny-flanked prinia), 4 ind. - deux cc [2e digue]
  • Prinia aquatique (à ventre blanc, prinia fluviatilisriver prinia), plusieurs ind., très actifs et remuants, avec poursuites, passant régulièrement du marais à la mangrove
  • Souïmanga à longue queue (cinnyris p. pulchellusbeautiful sunbird)
  • Pie-grièche à tête rousse (lanius s. senatorwoodchat shrike), 1 ind. de 1ère AC (+2 mois) migrateur précoce: arrivé au Sénégal avec un mois d'avance (Voir ICI sur Ornithondar)...
  • Moineau doré (passer luteusSudan golden sparrow)
  • Tisserin à tête noire (ploceus melanocephalus ssp., black-headed weaver), tellement remarquables dans leur plumage nuptial ! Les mâles très occupés, avec de nombreuses poursuites territoriales et... féminines...
  • Travailleur à bec rouge (quelea queleared-billed quelea)
  • Euplecte vorabé (euplectes a. afer, yellow-crowned bishop), quelques femelles visibles, en disputes + 1 ind. mâle nuptial + 1 ind. mâle immature ou en mue nuptiale tardive/inachevée (cf. photo ci-dessous) [marais du Djeuss bangotin, rive droite]
  • Serin à croupion blanc (crithagra leucopygia ssp. riggenbachi, -Senegalwhite-rumped seedeater), 1 ind. [digue bangotine peu après les jardins]

Entendu:
Pygargue vocifère (haliaeetus vocifer, african fish eagle), 1 ind. [vers le fleuve] / Marouette à bec jaune (zapornia flavirostra) [marais du Djeuss] / Talève d'Afrique (porphyrio madagascariensis) [marais du Djeuss] / Courlis corlieu (numenius phaeopus) [plaine alluviale proche du fleuve] / Chevalier gambette (tringa totanus, common redshank) [plaine alluviale proche du fleuve] / Coucou didric (chrysococcyx caprius, Diederick cuckoo), 1 ind. entendu une seule fois [mangrove] / Coliou huppé (urocolius macrourus, blue-naped mousebird) / Barbion à front jaune (pogoniulus c. chrysoconusyellow-fronted tinkerbird), 1 ind. / Pic goertan (dendropicos goertae), 1 ind. (pas le même que le sujet observé) / Rousserolle des cannes (acrocephalus rufescens ssp. senegalensis, -Senegalgreater swamp-warbler), au moins 1 ind. chanteur / Crombec sitelle (sylvietta b. brachyuranorthern crombec), 1 ind. / Cisticole (roussâtre) du Nil (cisticola -galactotes- marginatus ssp. amphilectus), 2+ ind. [marais du Djeuss] / Cisticole des joncs (du Nigeria, cisticola juncidis ssp. uropygialis) / Prinia modeste (prinia s. subflava) / Prinia aquatique (prinia fluviatilis) /

Ci-dessous:
à g., Engoulevent à longue queue - caprimulgus climacurus - à d., Euplecte vorabé - euplectes afer afer, jeune mâle
2016 07 27 / © Photos par Frédéric Bacuez
- Cliquer sur les photos pour agrandir -

AUTRES:

  • Varan du Nil (varanus niloticus, Nile monitor), un total de 3 ind. - dont deux juvéniles
  • (petit) Monarque d'Afrique (danaus chrysippus ssp. chrysippuscommon plain tigerlesser wandererqueen butterfly, 'african queen')
  • Papillon de Vinson (Voilier des citronniers, papilio d. demodocuscitrus swallowtailcitrus butterflyorange dogChristmas butterfly)
  • Mylothris chloris (common western dotted border)
  • Graphium leonidas leonidas (veined swordtailveined swallowtailcommon graphium), 1 ind.
  • Crabe de palétuviers
  • Brachythémis à ailes barrées (brachythemis leucostictabanded groundling)
  • Libellules et agrions divers sp.

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