" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon, 1737
" Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde "
- Albert Camus

samedi 29 septembre 2012

15-29, suivi satellitaire de la migration postnuptiale 2012: Ceulan, balbuzard pêcheur du pays de Galles


Ci-dessus: Ceulan 2012 à la veille de sa première migration vers le Sénégal / Courtesy photo par Emyr Evans, droits réservés

* Maroc / Mauritanie / Sénégal -

Comme chaque année, depuis que des balbuzards pêcheurs (pandion haliaetus, osprey) ont été réintroduits dans le Rutland anglais et la Dyfi galloise (Grande-Bretagne), les adultes puis leurs couvées du printemps/été ont pris la route de l'Afrique. Ils passeront l'hiver au sud du Sahara, pour la plupart, jusqu'en février/mars pour les premiers, et leurs deux premières années, pour les seconds. Parmi eux, certains ont été munis de balises satellitaires qui permettent de mieux comprendre leurs migrations. Et de mieux apprécier les innombrables difficultés que les rapaces doivent affronter durant leurs voyages puis leurs séjours ouest-africains.
 
Des balbuzards de la Dyfi...
 
Comme d'habitude, le couple constitué de Nora et de Monty - qui ne portent pas de balises- se sépare au milieu de l'été: Nora s'envole vers l'Afrique le 7 août, environ un mois avant son 'mari' Monty, parti le 5 septembre, et leur rejeton qui précède 'papa' de deux jours. Celui-ci est le seul survivant d'un trio de poussins emportés par un été 2012 humide comme le pays de Galles n'en avait  connu depuis plus d'un siècle. La pluviométrie et une tempête dévastatrice ont eu raison de deux des trois nouveaux-nés, morts détrempés quelques jours après leur naissance. Seul l'oisillon appelé Ceulan a survécu, in extremis... On rappelera ici que Ceulan est aussi le frère de deux natifs de 2011 - Einion et Leri, qui ont donné bien du fil à retordre à Ornithondar*1 - et que les trois jeunes balbuzards sont équipés de GPS... Pour son premier périple, Ceulan a réussi à traverser le Sahara en cinq jours - quasiment un record ! Parti le 3 septembre des rives de la Dyfi, le jeune mâle a mis 14 jours pour rallier les confins sahéliens, en suivant au plus court une route bien périlleuse pour une première migration ! Ceulan n'a pas peur de l'eau: survolant l'Atlantique, il a 'transpercé' les Cornouailles et la Bretagne, touché terre à l'extrémité ouest de la Galice espagnole, longé le littoral portugais, 'repris' la mer au sud de Lisbonne, avalé la pointe d'Algarve avant de prendre une fois encore l'océan pour aborder le Maroc par Azemmour, à l'embouchure du fleuve Oum R'bia. Encore un bref survol de la baie d'Agadir et Ceulas attaque la partie la plus redoutable du parcours: le Sahara, via l'aride Tiris Zemmour. Bien vite Ceulan comme aimanté par la mer dévie vers le sud-ouest pour atteindre le célèbre parc national mauritanien du Banc d'Arguin - où quelques balbuzards hivernent par ailleurs. Le jeune balbu longe la côte jusqu'à la hauteur de Nouakchott avant de filer plein sud, grosso modo en suivant la route nationale qui mène à Rosso, sur les bords du fleuve Sénégal, qu'il atteint le 15 septembre 2012. Tantôt rive gauche, tantôt rive droite. Une première semaine plutôt du coté mauritanien (15-22 septembre); une seconde semaine plutôt du coté sénégalais (22-29 septembre). La  mousson qui arrose généreusement les immensités sahélo-soudaniennes, cette année - y compris en cette fin septembre*2, devrait lui permettre de trouver aisément une place hivernale, quelque part entre Sénégal et Guinée Bissau; qui sait, peut-être dans le delta du fleuve ?

*1 Cf. notules:
http://ornithondar.blogspot.com/2012/03/8-balbuzards-einion-le-frere-de-leri.html 
http://ornithondar.blogspot.com/2011/11/3-leri-la-galloise-est-elle-parmi-les.html
http://ornithondar.blogspot.com/2011/12/27-au-khant-2-mois-apres-la-disparition.html
*2 Cf. notule: http://ornithondar.blogspot.com/2012/09/31-des-pluies-presque-record-sur-le.html

VOIR:
http://www.dyfiospreyproject.com/blog/2012/09/senegal
http://www.dyfiospreyproject.com/blog/2012/09/four-months-old

Ci-dessous: 2012 09 15-29,
Ceulan dans la région de Rosso, à l'ouest du canal de la Taouey et au nord du Ndiaël

dimanche 23 septembre 2012

23, suivi satellitaire de la migration postnuptiale 2012: balbuzard anglais 09(98), la mort au seuil du Sahara


Ci-dessus: in memoriam... 09(98) au printemps 2012, de retour du Sénégal en Angleterre, vu par John Wright
/ Courtesy Wrightswanderings, tous droits réservés

* Djebel Bani, Maroc -

Après quatorze ans de vie sans embûches et malgré son expérience des périlleuses aventures migratoires entre l'Angleterre et le Sénégal, le balbuzard pêcheur (pandion haliaetus, osprey) dit 09(98) est mort, probablement dans la nuit du 11 au 12 septembre 2012, au seuil du Sahara marocain. Sans doute tué et dévoré par un (hibou) grand-duc ascalaphe (du désert, bubo ascalaphus, pharaoh eagle owl).
Une belle chaine d'amitié humaine* a aussitôt été activée, du Rutland adoptif aux rives du Lampsar hivernal et via les réseaux ornithologiques du royaume chérifien, pour en savoir plus sur les circonstances de "l'accident" et pour tenter de récupérer le GPS du défunt. Très vite, deux équipes d'Agadir se mettent en branle et c'est finalement l'ancien pilote d'hélico devenu 'fermier du désert' Farid/Frédéric Lacroix qui, le premier, gravit les éperons escarpés du Djebel Bani, dans le Bas-Draa reculé, pour y recueillir dès le 16 septembre à flanc de falaise, sur un buisson, les restes déchiquetés de l'infortuné balbuzard*A. Le grand hibou, principal prédateur des nuits désertiques, nous avait tout de même laissé les bagues et le paquetage satellitaire de 09(98)... *2 A la suite de Farid, le documentariste Faouzi Lahoucine*1 rejoint avec sa dream team les lieux du crime et réalise un petit film fort instructif*B.

* Ornithondar salue ici Tim Mackrill, John Wright et le Rutland Osprey Project (Leicestershire, Angleterre); Faouzi Lahoucine et Farid Frédéric Lacroix (Agadir, Maroc); Mohamed Amezian (Tetouan, Maroc); Patrick Bergier (France/Maroc); Michel Aymerich (France/Maroc).
 
*Co-réalisateur de la célèbre série documentaire TV 'Amouddou' (cf. http://www.faouzivision.ma/amouddou/
*2 On se rappelera qu'à l'automne 2011 Ornithondar avait récupéré les restes et le matériel satellitaire d'un autre balbuzard, l'écossais Joe, disparu du coté de Rao, dans le bas-delta du fleuve Sénégal (voir la notule: http://ornithondar.blogspot.com/2011/12/13-ornithondar-retrouve-les-restes-de.html): la mort de Joe fut encore plus mystérieuse que celle de 09(98) ! Peut-être piqué par l'énorme nèpe d'un trou d'eau, l'oiseau affaibli aurait pu se faire ensuite attrapé par un des nombreux prédateurs de la nuit africaine (genette, mangouste, chacal ou chien errant...) !
 
 













Ci-contre: 09(98) et son GPS au-dessus du Rutland
/ Photo par John Wright, DR


Voir:
*A Farid: http://www.ospreys.org.uk/farids-trek-into-the-sahara/
*B Faouzi: http://www.ospreys.org.uk/the-sahara-in-video/

Egalement: http://moroccanbirds.blogspot.com/2012/09/help-satellite-tagged-Osprey-southern-Morocco.html
Ainsi que toute l'histoire du drame...:
http://www.ospreys.org.uk/sad-news-2/
http://www.ospreys.org.uk/the-search-for-09/
http://www.ospreys.org.uk/our-fears-are-confirmed/ /
Vie et mort de 09(98): http://www.ospreys.org.uk/category/satellite-tracking/osprey-09/

En rappel, sur Ornithondar:
http://ornithondar.blogspot.com/2011/09/19-0998-le-balbuzard-anglais-est-passe.html

jeudi 13 septembre 2012

13, Coup de torchon... bangotin, sur France 3

 Bango, là où furent tournées des scènes de Coup de torchon, en 1981... 
Bango-Elevage 2011 12 30 / © Photo par Frédéric Bacuez

* Bango/Saint-Louis-du-Sénégal/Louga -

Ce soir à la télévision française, rediffusion d'un chef d'oeuvre du polar 'à la française' - comme on n'en fait plus: Coup de torchon*, un film de Bertrand Tavernier réalisé in situ dans le delta sénégalais - on reconnaîtra le Djambour, le pont de Leybar, le pont Faidherbe, l'Hôtel de la Poste, Pointe nord, Sal-Sal, et la gare ferroviaire pas encore la ruine qu'elle est aujourd'hui etc... Avec une brochette de comédiens comme on n'en fait plus, aussi: Philippe Noiret, Isabelle Huppert, Stéphane Audran, Eddy Mitchell, Jean-Pierre Marielle, Guy Marchand, pas moins ! L'ambiance provinciale du petit cercle des Blancs tropicalisés, sa médiocrité et leurs bassesses, le sexe, l'alcool, le racisme, tous les miasmes de l'ennui deltaïque: cette lointaine époque du XXe siècle saint-louisien à la veille de la seconde guerre mondiale (1938) ressemble parfois à certaines atmosphères de ce début de XXIe siècle... à Saint-Louis, Louga et surtout Bango, sur les berges de son Djeuss où de nombreuses scènes du film ont été tournées, du coté du Ranch, en extérieur et surtout en intérieur - dans des décors imaginés par l'incomparable Alexandre Trauner. En pleine saison poussiéreuse d'années terriblement déprimées par les grandes sécheresses de 1973-1985, c'est très frappant à l'écran - le film est de 1981, un cru historique pour le cinéma français ! Si Coup de torchon est la transposition d'un roman policier de Jim Thompson, il est surtout pour Tavernier un hommage au fameux Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline. Bien que nominé douze fois aux Césars en 1982 (France), le film n'y a reçu aucun prix - un record ! En revanche, l'Oscar du meilleur film étranger (États-Unis) puis le Prix du Public au festival de Durban (Afrique du sud) lui ont été décernés en 1983. Un sulfureux régal. Qui débute du coté de Rao, avec le vol plané d'un milan d'Afrique (milvus aegyptius parasitus) tandis que décollent d'un baobab un vautour charognard (necrosyrtes monachus) puis un vautour africain (gyps africanus)...

* Coup de torchon (1981), un film de Bertrand Tavernier (France) sur France 3 à 23h. Les éléphants de la première affiche ont disparu de la région depuis fort longtemps, bien avant le XXe siècle... Si tant est qu'il y en ait jamais eu dans le delta sénégalais !

samedi 1 septembre 2012

1, événement: nos Chacals seraient des Loups - tout ou partie !

Ci-dessus:  
parc national (des oiseaux) du Djoudj (PNOD), Lupus ou Canisthat is the question ? 
2011 02 / Courtesy © photo par John Wright pour http://wrightswanderings.blogspot.fr/2011/03/common-jackals-and-warthogs.html et Ornithondar, tous droits réservés.

* Egypte/Ethiopie, Maroc/Algérie, delta du fleuve Sénégal -

Abstract: It would be probably an exceptional event ! Groups of researchers*1-4 had announced that some common/golden jackals (canis aureus) in eastern (Egypt to Ethiopia), northern (Middle-Atlas in Morocco, north-eastern of Algeria) and western Africa (Senegal river) are not jackals but... wolves (canis lupus sp. or ssp. of the european grey wolf) ! This new species as named African Wolf (Canis lupus lupaster) has a distinct genetic entity. In the north of Senegal for example  - north-eastern of Djoudj national park near Kheune, in the last two years Cecile Bloch found that 100% DNA samplings on the 'doubtful jackals' are not canis aureus genetic characters !

Grâce aux techniques modernes du piégeage photographique et du séquençage génétique, entre autres outils, trois équipes scientifiques internationales*1-3 sont en passe de 'découvrir' une nouvelle espèce de mammifère - et quel mammifère !- que les observateurs, les agriculteurs comme les éleveurs du continent (en Afrique du nord-est; dans le Moyen-Atlas, au Maroc; et dans la périphérie du parc national du Djoudj, au Sénégal) prenaient depuis des lustres pour celle du Chacal doré (Canis aureus) ! Un chacal parfois un peu différent de ses congénères, certes, un peu plus haut sur pattes, plus massif, plus poilu, plus sombre, mais un chacal doré tout de même. Eh bien que nenni ! Cela a commencé en Basse Egypte et en Ethiopie*1, puis au Maroc: des pièges photographiques saisissent dans les montagnes du Moyen-Atlas*2, dans la neige d'hiver comme dans la poussière d'été, des canidés qui ressemblent peu ou prou aux Loups gris d'Europe (canis lupus), ibériques, italiens et... savoyards. Au Sénégal, Cécile Bloch*3, habituée de notre delta*5, confirme qu'ici aussi, les chacals locaux (Canis aureus ssp. anthus/senegalensis alias Chacal -svelte- du Sénégal) ne sont pas tous à l'identique - et ça, je l'avais moi-même remarqué dans les plaines alluviales du fleuve: 100% des prélèvements que Cécile a effectués en 2011 sur les canidés 'douteux' ne correspondent en rien à l'ADN des Chacals dorés ! Il y a peut-être, dans le delta comme dans tout le Sahel, des Chacals dorés (canis aureus), mais aussi des chacals mâtinés de loups, des loups mâtinés de chacals, et, désormais... une espèce jusqu'alors ignorée: le Loup d'Afrique (canis lupus lupaster)*4

Lire et voir aussi ICI sur Ornithondar (2014 02 1)

Ci-dessous: 2011 02 4 matin. Canis sp. traversant la piste, Gorom (PNOD)
/ © Photo par Frédéric Bacuez


*1 Egypte/Éthiopie:
Oxford University's Wildlife Conservation Research Unit (WildCRU, Grande-Bretagne) / University of Oslo (Norvège) / Addis-Abeba University (Ethiopie) / Egyptian Environmental Affairs Agency (Egypte) / IUCN Canid Specialist Group (UICN) / Centre for Ecological and Evolutionary Synthesis (CEES) / Dutch Wildlife Health Center (Utrecht, Pays-Bas)
http://pumi.blog.free.fr/index.php?post/2011/01/31/D%C3%A9couverte-d-une-nouvelle-esp%C3%A8ce-de-LOUP-africain

*2 Maroc/Algérie:
Universidad de la Coruna & Universidad de Alicante (Espagne) / Université Chouaib Doukkali d'El Jadida (Maroc) / Emirates Center for Wildlife Propagation (Emirats Arabes Unis & Maroc) / Haut Commissariat pour l'eau, les forêts et la lutte contre la désertification (Maroc) / Faculté des sciences de l'Université d'Annaba (Algérie)
http://moroccanbirds.blogspot.com/2012/08/African-Wolf-discovered-in-Morocco.html
http://www.quercus.es/noticia.asp?ref=4932&pos=25
http://www.facebook.com/pages/Grupo-de-Investigaci%C3%B3n-de-Zoolog%C3%ADa-de-Vertebrados-Universidad-de-Alicante/121752564554808

*3 Sénégal/Afrique occidentale:
Sylvatrop (Nantes, France) / Muséum National d'Histoire Naturelle (Paris, France) / Genoscope - Centre National de Séquençage (Evry, France) / Université d'Abomey-Calavi (Bénin)
http://www.causes.com/causes/229189-sylvatrop/actions/1673853?fb_comment_id=fbc_10150945055287115_22257472_10150945065372115#f1357c1a0f57dd1
http://www.nundafoto.net/forum/topic/1899-un-loup-parmi-les-chacals

*4 Articles scientifiques:
http://www.plosone.org/article/info:doi/10.1371/journal.pone.0016385
http://www.plosone.org/article/info:doi/10.1371/journal.pone.0042740?imageURI=info:doi/10.1371/journal.pone.0042740.g004

*5 Voir les 'carnets de terrain' photographiques de Cécile Bloch et le cheminement de ses découvertes:
http://www.nundafoto.net/forum/topic/972-senegal-chacals-dores

Ci-dessous: 
des neiges savoyardes aux steppes sénégalaises...
A g., Canis lupus lupaster dans la plaine deltaïque du fleuve Sénégal, 2011 / Courtesy photo par Cécile Bloch, tous droits réservés - au centre, le bond du canis sp. au crépuscule, Djeuss sud, Sénégal 2011 02 4 / © Photo par Frédéric Bacuez - à d., Canis lupus lupus dans le massif du Bargy (Le Reposoir/Le Chinaillon), Haute Savoie, France 2012 03 30 / © Photo par Denis Delevaud
En bas (additif): deux Loups gris (Canis lupus), Bargy-Aravis (délibérément sans autre précision), Haute Savoie 2013 08 21, 20h40 / © Photo par Frédéric Bacuez, tous droits réservés
- Cliquer sur les photographies pour les agrandir -


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